Les fruitiers rares
 
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Article publié en 2006
Enrichi en 2020
Auteur : François DROUET
Photographies : voir crédits
Tous droits réservés,
sauf indication licence

 

 

Test de résistance au froid de l'Abéria

 

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb.

 

 

 

L'ABÉRIA

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. (synonyme Aberia caffra Hook.f. & Harv.) est un arbuste fruitier sempervirent dioïque (fleurs femelles et fleurs mâles sur des plants différents).

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : forme naturelle en buisson

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : forme naturelle en buisson
 Avec l'aimable autorisation exclusive de Glenice EBEDES

Originaire d'Afrique du Sud, où il est connu sous le nom d'umkokolo, il s'est bien adapté dans diverses parties du monde de climat subtropical. Il est largement représenté en Afrique du Nord.

En France, certains parmi les rares personnes qui le connaissent le désignent par le nom d'Abéria. On trouve aussi le nom de Pomme caffre, qui me paraît fantaisiste.

L'Abéria forme naturellement un buisson pouvant atteindre une hauteur de 5 m.

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : buisson (forme naturelle)

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : buisson (forme naturelle)
Crédit : Ori FRAGMAN-SAPIR  RBG Kew
 - Licence CC BY 3.0

L'espèce présente un beau feuillage persistant vernissé; la floraison discrète jaune n'a pas vraiment de valeur ornementale.

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : fleurs

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : fleurs (sujet mâle)
Crédit : RAASGAT
- Domaine public

Mais je suis convaincu de la valeur du fruit, car j'en ai goûté plusieurs au jardin botanique du Val Rahmeh, à Menton.

Ce fruit, jaune et de la taille d'une grosse prune, possède une pulpe savoureuse, plus ou moins acidulée à acide selon le plant.

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : fruits mûrs

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : fruits mûrs
Crédit : Tatiana
GERUS - Licence CC BY 2.0

 

OBJECTIF DU TEST
 

Au début des années 1990, j'ai pu voir de beaux exemplaires d'Abéria aux jardins botaniques du Val Rahmeh (à Menton) et Hanbury (à La Mortola, près de Vintimille, Italie).

J'avais remarqué que l'espèce est pourvue de longues épines, dures et acérées.

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : épines

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : épines
Crédit : Krzysztof ZIARNEK
- Licence CC BY-SA 2.0

Je savais qu'en Afrique australe et en Afrique du Nord, on utilise l'Abéria pour constituer des haies défensives. Une utilisation en rideau de protection contre les sangliers en bordure des vignobles du littoral varois, où je réside, me paraissait une possibilité à approfondir.

J'avais pu me convaincre du caractère impénétrable de telles haies, fortement épaisses et rigides, après avoir examiné attentivement et touché (du pied...) les spécimens âgés abrités par les deux jardins botaniques précités.

Selon les ouvrages consultés, j'avais trouvé pour l'Abéria des seuils différents de résistance au froid : -5 °C, -7 °C, ou -9 °C.

Val Rahmeh et Hanbury, qui sont les seuls endroits où j'avais pu voir de beaux exemplaires, jouissent tous deux d'un microclimat exceptionnellement doux, et le vent y est absent.

Les conditions climatiques (températures hivernales, vent) subies par les vignobles du littoral varois étant nettement plus rudes, je décidai de tester la résistance au froid de l'espèce dans mon jardin botanique dédié aux fruitiers rares, situé au cœur d'une plaine viticole dans la région de Toulon.

 

CONDITIONS DU TEST
 

Le test de résistance au froid de l'Abéria a porté sur cinq sujets non sexés, dont les introductions se sont effectuées en trois fois.

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : plants en pots

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : plants en pots
Crédit : Frank VINCENTZ - Licence CC BY-SA 3.0

Au printemps 1993, début du test : mise en place de deux plants de un an, hauts de 0,60 m, multipliés par la station INRA de la Villa Thuret, près d'Antibes, que m'avait aimablement offerts sa directrice, Madame DUCATILLON. Ils avaient été obtenus à partir de graines reçues d'un jardin botanique californien.

L'année suivante, au printemps 1994 : introduction dans le test d'un troisième plant. Il s'agissait d'un plant de un an, haut de 0,50 m, que j'avais multiplié de semis à partir d'un fruit d'origine Val Rhameh.

Cinq ans après le début du test, au printemps 1998 : ajout de deux plants importés d'Afrique du Sud, âgés de un an et reçus hauts de 0,80 m.

L'objectif étant de déterminer la résistance au froid de l'Abéria en situation de haie défensive autour des vignobles, j'ai planté les sujets sur une seule ligne, espacés de trois mètres, dans une parcelle plate et ventée, face au mistral, sans aucune protection, et les ai conduits en tronc bas (0,40 m). Les sujets ajoutés venant en prolongement de la ligne des sujets déjà en test.

J'ai placé deux thermomètres mini/maxi en métal dans la ligne, chacun à environ un mètre d'un plant, maintenus par du fil de fer fin à une hauteur de 50 cm sur un piquet d'acier recouvert de plastique vert. C'est donc la température ressentie, et non la température sous abri, que j'ai relevée.

Quelques précisions relatives aux conditions de culture des plants.

Terrain : limon argilo-sableux très profond de pH 7,4.

Les sujets ont été plantés dans un vaste trou rempli d’un mélange moitié terre moitié terreau et l’amendement n’a pas été renouvelé ensuite.

Et je n’ai réalisé aucun apport d’engrais, ni initialement, ni pendant les années de culture.

J'ai fourni à tous les plants un bon arrosage du printemps à la fin de l'été, une fois par semaine l'année de la plantation, puis tous les quinze jours.

L'essai de culture a duré treize ans et demi (printemps 1993 - automne 2006).

 

COMPORTEMENT PENDANT L'HIVER SUIVANT LA PLANTATION
 

Pour chacune des introductions, soit trois fois et à des époques différentes, j'ai observé que pendant l'hiver qui a suivi leur plantation, les plants de un an ont supporté des températures de -3 °C à -5 °C de courte durée (pointe en fin de nuit).

Je n'ai alors observé aucun dégât notable, même si les plants ont été défoliés, partiellement ou totalement, selon les sujets et les années.

On peut donc dire que les plants de un an de Dovyalis caffra (Hook. f. & Harv.) Warb. ne sont pas particulièrement fragiles, même si les plants en test ne sont pas restés intacts.

Il faut garder à l'esprit que la ligne des sujets testés était positionnée face au mistral, sans aucune protection. Le mistral, qui soufflait fort par périodes sur la parcelle de test, y compris certaines nuits, a été un facteur d'accentuation des effets du froid.

 

COMPORTEMENT PENDANT LES ANNEES DE FROID MODERE
 

Pendant plusieurs années, les froids extrêmes dans l'hiver se sont maintenus entre -3 °C et -5 °C, selon l'année.

Au cours de celles-ci, tous les sujets en test ont résisté, même s'ils ont été partiellement ou totalement défoliés. Certaines années, quelques rameaux ont été gelés par le froid couplé au vent. Je les ai supprimés au printemps.

Les sujets se sont développés, mais la  croissante a été très lente.

La conjugaison de cette lenteur de croissance avec la suppression des rameaux ayant gelé a conduit les sujets à rester de taille modeste (1,60 m de hauteur à douze ans), sans qu'ils soient pour autant chétifs (diamètre du tronc atteignant alors 6 à 8 cm).

Dès le printemps, les sujets avaient repris belle allure, avec un feuillage sain et d'un beau vert brillant. Ce bel aspect se maintenait en été, malgré la forte chaleur.

Mais aucune floraison (donc, bien sûr, aucune fructification sur les éventuels sujets femelles...). 

 

REACTIONS AUX POINTES DE FROID EXCEPTIONNELLES
 

Pendant l'hiver 2000, soit sept ans après le début du test, une pointe négative à -7 °C est survenue une fois, en fin de nuit.

Les cinq sujets ont survécu, alors qu'ils avaient entre trois et huit ans, avec défoliation complète et dégâts de branchage plus ou moins importants selon les sujets.

Après suppression au printemps des branches et rameaux qui avaient gelé, les sujets ont repris leur développement, toujours très lent.

 

Fin janvier-début février 2004, soit onze ans après le début du test, deux attaques de froid exceptionnelles à -8 °C, très proches l'une de l'autre, ont tué les deux sujets que j'avais importés d'Afrique du Sud, alors âgés de sept ans.

Le sujet d'origine Val Rahmeh, âgé de onze ans, a été rabattu au sol mais est reparti vigoureusement en touffe au printemps suivant.

Les deux sujets d'origine californienne, âgés de douze ans et hauts de 1,60 m, ont bien résisté, avec défoliation partielle pour l'un et défoliation totale accompagnée de perte de rameaux pour l'autre.

 

Fin février-début mars 2005, soit douze ans après le début du test, la vague de froid exceptionnelle qui a frappé la France a fait chuter la température à -10 °C, au cours de deux nuits espacées d'une semaine, dans la parcelle où se trouvaient les trois individus restants.

Bien que le froid maximal enduré ait été de courte durée et suivi de journées relativement chaudes, les deux spécimens d'origine californienne, âgés de treize ans, n'ont pas résisté.

L'exemplaire d'origine Val Rahmeh, âgé de douze ans et dont la touffe repartie du pied l'année précédente avait atteint une hauteur de 1 m, a gelé jusqu'au sol. II a repris sans vigueur et a reformé une petite touffe quatre mois plus tard seulement.

 

Fin décembre 2005, une nouvelle attaque de froid exceptionnelle a eu lieu (-9 °C sur la parcelle concernée), une seule nuit, la température devenant largement positive au cours de la matinée.

Le survivant de l'année précédente, le sujet d'origine Val Rahmeh, a gelé entièrement au-dessus du sol.

Au cours du printemps suivant, début mai 2006, lors de mon inspection de la parcelle de test, il n'était toujours pas reparti de souche. Fragilisé par son épreuve antérieure récente, il avait vraisemblablement succombé...

Mais en septembre 2006, surprise lors d'un passage dans la parcelle abritant la plante considérée comme morte : une reprise de souche s'était réalisée dans le courant de l'été, des pousses vertes et foliées de 30 cm environ étant désormais visibles.

 

FIN DU TEST / CONCLUSION
 

Je fis alors un constat simple : le test de résistance au froid durait depuis treize ans et demi, sur cinq sujets en test aucun n'avait fleuri, quatre étaient morts sans avoir pu dépasser 1,60 m de haut et le cinquième "culminait" en touffe à 30 cm du sol.

A titre sentimental, j'ai transplanté le rescapé à l'abri par rapport au mistral, derrière la paroi d'une serre à ciel ouvert.

L'expérience avait touché à sa fin...

A l'examen des résultats de celle-ci, il paraît difficile de proposer à un viticulteur varois d'investir dans la plantation de plusieurs centaines de mètres (voire des kilomètres) de haies défensives de Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. contre les sangliers.

Même si une expérimentation sur une longueur réduite ne serait pas à écarter pour les vignobles situés dans les zones les plus douces du littoral.

Le réchauffement climatique constaté depuis l'époque du test constitue d'ailleurs un facteur favorable pour cette expérimentation.

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : belle fructification sur rameaux aux longues épines

Dovyalis caffra (Hook.f. & Harv.) Warb. : belle fructification sur rameaux aux longues épines
 Avec l'aimable autorisation exclusive de Yvonne REYNOLDS

L'Abéria possède néanmoins des qualités ornementales et fruitières qui justifieraient sa place dans les jardins ne subissant pas des températures hivernales inférieures à -5 °C (en veillant à une position ensoleillée et protégée du vent).

Pieds mâle et femelle à planter à proximité l'un de l'autre (le cas échéant dans le même trou), car l'espèce est dioïque et la fructification n'est pas parthénocarpique.

Mais les possibilités d'utilisation de ce bel arbuste fruitier sont considérablement réduites par l'absolue nécessité de placer les plants dans un endroit inaccessible aux enfants, du fait de l'extrême dangerosité des épines.

 

 

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