Test de résistance au froid de
 Dovyalis caffra
Warb.

Auteur : François Drouet

 

 

Article publié en 2006
Tous droits réservés
 

Dovyalis caffra (Hook. f. & Harv.) Warb., synonyme Aberia caffra Hook. f. & Harv., est un arbuste sempervirens dioïque, formant naturellement un buisson et pourvu de longues épines. 

Il produit un fruit jaune à pulpe savoureuse mais acide, ressemblant à une prune de taille moyenne. 

Originaire d'Afrique du Sud, où il est connu sous le nom de Umkokolo, il s'est bien adapté dans diverses parties du monde de climat subtropical. Il est largement représenté en Afrique du Nord.

En France, les rares personnes qui le connaissent le désignent souvent par le nom d'Abéria.

J'ai pu en voir de beaux exemplaires au jardin botanique du Val Rahmeh, à Menton, et au jardin botanique Hanbury, à La Mortola (près de Vintimille).

Je savais qu'en Afrique du Nord, on utilise Dovyalis caffra pour les haies défensives. Une utilisation en rideau de protection contre les sangliers en bordure des vignobles du littoral varois, où je réside, me paraissait une possibilité à approfondir.

J'avais pu me convaincre du caractère impénétrable de telles haies après avoir examiné attentivement et touché (du pied...) les spécimens âgés abrités par les deux jardins botaniques.

J'étais également convaincu de la valeur du fruit, car j'en avais goûté plusieurs au jardin botanique du Val Rahmeh.

Selon les ouvrages consultés, on trouve pour Dovyalis caffra des seuils différents de résistance au froid : -5°C, -7°C, ou -9°C.

Les jardins botaniques Val Rahmeh et Hanbury, qui sont les seuls endroits où j'ai pu voir de beaux exemplaires de Dovyalis caffra, jouissent tous deux d'un microclimat exceptionnellement doux, et je me suis interrogé sur la rusticité réelle de cette espèce.

J'ai donc décidé de tester sa résistance au froid et en ai introduit cinq sujets dans mon jardin botanique privé de la région de Toulon.

 

Conditions du test

Les introductions se sont effectuées en trois fois.

Au printemps 1993, début du test, mise en place de deux plants de 1 an, hauts de 0,60 m, multipliés par la station INRA de la Villa Thuret, près d'Antibes, que m'avait aimablement offerts sa directrice, Madame Ducatillon. Ils avaient été obtenus à partir de graines reçues d'un jardin botanique californien.

L'année suivante, au printemps 1994, introduction dans le test d'un troisième plant. Il s'agissait d'un plant de 1 an, haut de 0,50 m, que j'avais multiplié de semis à partir d'un fruit d'origine Val Rhameh.

Cinq ans après le début du test, au printemps 1998, ajout de deux plants importés d'Afrique du Sud, âgés de 1 an et reçus hauts de 0,80 m.

L'objectif étant de déterminer la résistance au froid, j'ai planté les sujets sur un seule ligne, espacés de trois mètres, dans une parcelle plate et ventée, face au mistral, sans aucune protection, et les ai conduits en tronc unique (0,60 m de hauteur de tronc). Les sujets ajoutés venant en prolongement de la ligne des sujets déjà en test.

J'ai placé deux thermomètres mini/maxi en métal dans la ligne, chacun à environ un mètre d'un plant, maintenus par du fil de fer fin à une hauteur de 50 cm sur un piquet d'acier recouvert de plastique vert, vendu comme tuteur en jardinerie. C'est donc la température ressentie, et non la température sous abri, que j'ai relevée.

 

Premier constat : comportement pendant l'hiver qui suit la plantation

Pour chacune des introductions, soit trois fois et à des époques différentes, j'ai observé que pendant l'hiver qui a suivi leur plantation, les plants de 1 an ont supporté des températures de -3°C à -5°C de courte durée (pointe en fin de nuit) sans dégâts notables, en étant défoliés, partiellement ou totalement, selon les sujets et les années.

On peut donc dire que les plants de 1 an de Dovyalis caffra ne sont pas particulièrement fragiles, même si les plants en test ne sont pas restés intacts.

Il faut garder à l'esprit que la ligne des sujets testés a été positionnée face au Mistral, sans aucune protection. Le Mistral, qui souffle fort par périodes sur la parcelle de test, y compris certaines nuits, est un facteur d'accentuation des effets du froid.

 

Deuxième constat : comportement pendant les années de froid modéré

Pendant plusieurs années, les froids extrêmes dans l'hiver se sont maintenus entre -3°C et -5°C, selon l'année.

Au cours de celles-ci, tous les sujets en test ont résisté, même s'ils ont été partiellement ou totalement défoliés. Certaines années, quelques rameaux ont été gelés par le froid couplé au vent. Ils ont été supprimés au printemps.

Les sujets se sont développés, mais la  croissante a été très lente.

La conjugaison de cette lenteur de croissance avec la suppression des rameaux ayant gelé a conduit les sujets à rester de taille modeste (1,60 m de hauteur à 12 ans), sans qu'ils ne soient chétifs (diamètre de tronc 6/8 cm à 12 ans).

Dès le printemps, les sujets avaient belle allure, avec un feuillage sain et d'un beau vert brillant, après avoir subi une défoliation parfois totale en hiver. Ce bel aspect se maintenait en été, malgré la forte chaleur.

Mais aucune floraison (donc, bien sûr, aucune fructification sur d'éventuels sujets femelles...). 

 

Troisième constat : réaction aux pointes de froid exceptionnel

Pendant l'hiver 2000, soit sept ans après le début du test, une pointe négative à -7°C est survenue une fois, en fin de nuit.

Les cinq sujets ont survécu, alors qu'ils avaient entre trois et huit ans, avec défoliation complète et dégâts de branchage plus ou moins importants selon les sujets.

Après suppression au printemps des branches et rameaux qui avaient gelé, les sujets ont repris leur développement, toujours très lent.

Fin janvier-début février 2004, soit onze ans après le début du test, deux attaques de froid exceptionnelles à -8°C, très proches l'une de l'autre, ont tué les deux sujets d'Afrique du Sud, alors âgés de 7 ans.

Le sujet d'origine Val Rahmeh, âgé de 11 ans, a été rabattu au sol mais est reparti vigoureusement en touffe au printemps suivant.

Les deux sujets d'origine californienne, âgés de 12 ans et hauts de 1,60 m, ont bien résisté, avec défoliation partielle pour l'un et défoliation totale et perte de rameaux pour l'autre.

Fin février-début mars 2005, soit douze ans après le début du test, la vague de froid exceptionnelle qui a frappé la France a fait chuter la température à -10°C, au cours de deux nuits espacées d'une semaine, dans la parcelle où se trouvaient les trois individus restants.

Bien que le froid maximal enduré ait été de courte durée et suivi de journées relativement chaudes, les deux spécimens d'origine californienne, âgés de 13 ans, n'ont pas résisté.

L'exemplaire d'origine Val Rahmeh, âgé de 12 ans et dont la touffe repartie du pied l'année précédente avait atteint une hauteur de 1 m, a gelé jusqu'au sol. II a repris sans vigueur et a reformé une petite touffe quatre mois plus tard seulement.

Fin décembre 2005, une nouvelle attaque de froid exceptionnelle a eu lieu (-9°C sur la parcelle concernée), une seule nuit, la température devenant largement positive au cours de la matinée.

Le survivant de l'année précédente, le sujet d'origine Val Rahmeh, a gelé entièrement au-dessus du sol.

Au cours du printemps suivant, début mai 2006, lors de mon inspection de la parcelle de test, il n'était toujours pas reparti de souche. Fragilisé par son épreuve antérieure récente, il avait vraisemblablement succombé...

En septembre 2006, surprise lors d'un passage dans la parcelle abritant la plante considérée comme morte : une reprise de souche s'est effectuée dans le courant de l'été, des pousses vertes et foliées de 30 cm environ sont désormais visibles.

 

Fin du test

Je fis alors un constat simple : le test de résistance au froid dure depuis 14 ans, sur cinq sujets en test, aucun n'a fleuri, quatre sont morts sans avoir pu dépasser 1,60 m de haut et le cinquième "culmine" en touffe à 30 cm du sol.

A titre sentimental, j'ai transplanté le rescapé à l'abri par rapport au mistral, derrière une paroi de serre à ciel ouvert.

L'expérience avait touché à sa fin...

 

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