Pratique du Griottier de la Toussaint
(Prunus cerasus var. semperflorens Koch)

Auteur : François Drouet

 

  

Article publié en 2004 - modifié en 2014
Crédit photographies : François Drouet / Edouard Alasseur
Tous droits réservés

 

Des griottes à la Toussaint ? Voilà qui fait rêver...

C'est pourtant ce qu'évoque le nom d'un petit arbuste fruitier attachant que je cultive depuis quinze ans sur le littoral méditerranéen, dans la région de Toulon.

Il s'agit du Griottier de la Toussaint (Prunus cerasus var. semperflorens Koch).

Connu depuis plusieurs siècles, il lui a été attribué d'autres noms latins et communs.

Autres noms latins : Prunus semperflorens Ehrart et Cerasus semperflorens De Candolle. On trouve aussi dans la littérature Prunus serotina Roth., mais cette appellation a l'inconvénient de faire entrer le Griottier de la Toussaint dans une confusion taxonomique avec le Capulin d'Amérique du Sud et le Wild Black Cherry, d'Amérique du Nord, qui sont deux espèces pour lesquelles Prunus serotina est également utilisé (serotina signifiant tardif).

Autres noms communs : Cerisier de la Toussaint, Cerisier de la Saint Martin, Cerisier tardif. A notre époque, la classification distingue nettement les griottiers des autres cerisiers. Ces noms me paraissent donc désormais à éviter car ils génèrent une confusion sur la nature de l'arbre, même si je leur reconnais un bien-fondé quand ils étaient utilisés par les agronomes des siècles passés (le griottier était alors appelé "cerisier proprement dit", par opposition aux merisiers, guigners, heaumiers et bigarreautiers).

Je ne compte plus le nombre de personnes qui m'ont demandé "Est -ce un cerisier ou un griottier ?".

C'est un arbuste magnifique si on lui laisse exprimer la densification particulière, quasi buissonnante, de sa ramure.

A cet effet, je ne le taille pas et j'ai constaté que cela ne nuit pas à une bonne fructification.

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : arbre en feuilles

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : arbre en feuilles

 

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : arbre en hiver

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : arbre en hiver

Il développe un grand nombre de branches chiffonnes grêles, partant souvent à l'horizontale ou nettement retombantes, ce qui conduit à une architecture particulière qui lui confère un port ornemental singulier.

Le choix de ne pas tailler mon Griottier de la Toussaint n'est pas commun.

On peut faire deux reproches à ce choix, effectué pour un arbre à la végétation si brouillonne.

D'une part, la fructification ne peut pas se faire à l'intérieur par manque de place et de soleil.

D'autre part, certains prétendent que l'arbre n'a de grâce que pour autant qu'il ait peu de branches et que ses branches puissent retomber sans obstacles. Il faudrait alors sélectionner les branches retombantes et éliminer celles qui ne le sont pas.

Pour ma part, je ne sais pas si l'arbre taillé produirait vraiment plus, mais je sais que sa production très abondante actuelle est déjà suffisante pour moi.

En outre, je ne me sens pas l'âme de lui ôter par la taille cette élégance sauvage que j'apprécie tant.

Sans taille, l'arbre reste néanmoins de hauteur moyenne pour un fruitier.

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : ramure

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : ramure

 

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : spécificité des ramifications

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : spécificité des ramifications

 

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : détails de la ramification

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : détails de la ramification

Mon Griottier de la Toussaint produit en été une très abondante fructification.

Il prend alors un port pleureur, du fait de la souplesse de ses branches.

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : arbre en pleine fructification

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : arbre en pleine fructification

Les récoltes sont importantes tous les ans. Pas d'alternance.

En période sèche, je l'arrose comme tous mes autres fruitiers qui ne sont pas d'origine méditerranéenne : une fois tous les quinze jours, de façon abondante.

Les petits fruits pendent en grappes décoratives au bout de très longs pédoncules.

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : fructification encore verte

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : fructification encore verte

C'est un merveilleux spectacle.

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : fructification

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : fructification

Les fruits sont petits, rouge luisant, de consistance molle, juteux et acidulés.

Pour ma part, je les trouve assez doux pour les manger crus. Je dirais même que je les trouve agréables au palais.

Les visiteurs auxquels j'ai fait goûter les fruits les ont trouvés doux pour des griottes.

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : fructification

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : fructification

Les grappes de fruits, qui accentuent l'effet pleureur, sont une curiosité botanique.

Pour les comprendre, il faut revenir à la floraison.

Chez les autres griottiers, l'inflorescence est constituée par un axe floral très court qui porte un bouquet de fleurs en ombelle.

Chez le Griottier de la Toussaint, ce type d'inflorescence n'existe pas. Au printemps, naissent des rameaux fructifères fins, souples et pendants, porteurs de feuilles beaucoup plus petites que celles des autres rameaux.

Sur ces rameaux, à l'aisselle des feuilles, à l'exclusion des premières d'entre elles, se développe une fleur isolée, dotée d'un très long pédoncule.

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : rameau fructifère avec boutons floraux

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : rameau fructifère avec boutons floraux
Crédit : Edouard Alasseur

 

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : début de floraison

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : début de floraison
Crédit : Edouard Alasseur

On observe une fleur (donc on observera un fruit) en toute extrémité du rameau fructifère, dans le prolongement direct de celui-ci.

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : extrémité d'un rameau fructifère (stade boutons floraux)

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : extrémité d'un rameau fructifère (stade boutons floraux)
Crédit : Edouard Alasseur

Le plus souvent, cette fleur terminale est accompagnée d'une ou deux autres fleurs, qui s'attachent pratiquement au même niveau sur le rameau fructifère.

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : groupe de boutons floraux en fin de rameau fructifère

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : groupe de boutons floraux en fin de rameau fructifère
Crédit : Edouard Alasseur

Le rameau continue à s'allonger après avoir produit les premières fleurs, et, au fur et à mesure de son allongement, naissent de nouvelles feuilles avec une fleur à leur aisselle, en même temps que se produit la fructification sur les parties les plus anciennes du rameau (à partir des fleurs les plus anciennes).

Ce curieux mode de floraison, donc de fructification, a pour conséquence que l'on trouve sur l'arbre en même temps des fruits mûrs, des fruits verts et des fleurs.

Certains observateurs ont rapporté qu'il arrive que les fleurs soient en groupe de deux à l'aisselle d'une feuille.

Pour ma part, je dois avouer que je n'y ai pas prêté attention. Je ne saurais dire si, sur mon Griottier de la Toussaint, il m'arrive de cueillir deux fruits dont les pédoncules partent d'une même aisselle de feuille...

Par contre, il n'est pas rare que j'observe lors de la récolte deux fruits accolés au bout d'un pédoncule unique.

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : fruits à maturité

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : fruits à maturité

 

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : fruits mûrs

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : fruits mûrs

 

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : fruits mûrs

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : fruits mûrs

Pour la récolte, les pédoncules étant très difficiles à détacher et les fruits se présentant en grappes, le plus pratique est de "peigner" verticalement les grappes avec les doigts afin de recueillir les griottes qui, elles, se détachent facilement du pédoncule.

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : récolte de griottes

Prunus cerasus var. semperflorens (Griottier de la Toussaint) : récolte de griottes

Je trouve que mon Griottier de la Toussaint est un arbre remarquable du point de vue ornemental et fruitier.

Ses caractéristiques particulières de végétation et son curieux mode de floraison et fructification confortent l'attachement que j'ai pour lui.

Pourtant, il garde un mystère...

La production progressive de fleurs sur le rameau fructifère, combinée sans doute à un décalage dans la naissance des rameaux fructifères les uns par rapport aux autres, est réputée maintenir une floraison continue. D'où l'adjectif semperflorens (toujours fleuri) dans la dénomination latine Prunus cerasus var. semperflorens Koch.

Cette floraison continue est censée se poursuivre très tard, permettant une fructification jusqu'à fin octobre, début novembre. D'où l'appellation de Griottier de la Toussaint.

En fait, je constate que ce n'est pas vraiment le cas.

Après une récolte massive au mois de juillet, toutefois très échelonnée, la floraison et la fructification sont quasi inexistantes.

Je ne dis pas qu'elles n'existent pas, mais elles ne donnent pas lieu à véritable récolte. Elles permettent juste de grapiller de temps en temps deux ou trois fruits sur l'arbre... et d'expliquer aux visiteurs comment le Griottier de la Toussaint est censé fonctionner pour justifier son nom de semperflorens.

Un constat de même nature m'est parvenu de deux correspondants. Leur spécimen fleurit et fructifie un peu plus que le mien après la récolte de juillet, mais faiblement.

Pris d'un doute, j'ai décidé de vérifier le comportement exact du Griottier de la Toussaint.

J'ai recherché tout d'abord des témoignages de culture contemporains sur Internet. A la date de rédaction du présent article, je n'en ai pas trouvé.

J'ai eu accès, hors Internet, à une courte description du Griottier de la Toussaint publiée par Les Croqueurs de Pommes de Franche-Comté dans la revue de l'association. Cette description est accompagnée d'une photographie montrant un rameau en fruits sur table, ce qui prouve que l'association a la pratique de ce fruitier.

Le paragraphe "Floraison" de la description fournit une observation intéressante :

"Floraison très étalée de juin à septembre avec une interruption en cas de grosse chaleur estivale".

Il semble donc que ce soient les longs étés chauds et secs de ma région qui contrarient les remontées florales jusqu'à les rendre quasi nulles.

Mais, je n'ai pas vu mon Griottier de la Toussaint recommencer à fleurir de façon significative début septembre lorsque les fortes chaleurs disparaissent.

Et je m'en étonne d'autant plus que l'arbre bénéficie d'arrières-saisons tempérées particulièrement longues qui devraient lui permettre de continuer à fleurir et fructifier d'abondance sans forte chaleur ni froid vif.

J'ai alors décidé de consulter la littérature des siècles passés. C'est une entreprise longue et délicate car il faut trouver des auteurs qui parlent d'expérience et non qui se contentent de transcrire ce qu'ils ont lu dans des ouvrages précédents.

J'ai trouvé seulement deux auteurs qui ont effectivement pratiqué le Griottier de la Toussaint et qui le décrivent de façon très détaillée, pour le premier d'entre eux, et détaillée pour le second.

Il s'agit de Henri Louis Duhamel du Monceau, Traité des arbres fruitiers, Tome premier, pp. 178-180, 1768 et de Elie-Abel Carrière, chef des pépinières au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, Revue Horticole, vol. 49, pp. 50-51, 1877.

Ils assurent tous deux du caractère toujours fleuri (semperflorens) du Griottier de la Toussaint.

Henri Louis Duhamel du Monceau :

"Comme les premières fleurs ne s'épanouissent qu'en juin, le fruit noue ordinairement fort bien... La branche à fruits ne cesse de faire de nouvelles productions jusqu'à la fin de l'été : de sorte qu'on y voit en même temps des boutons de fleurs, des fleurs épanouies, des fruits qui nouent, d'autres verts, d'autres qui commencent à rougir et d'autres qui sont mûrs.".

Elie-Abel Carrière :

"Fleurs... se succédant pendant longtemps au fur et à mesure de l'élongation des ramilles fructifères ; de là une succession non interrompue de fruits, qui mûrissent à partir de juin-juillet jusqu'en novembre...".

Les deux auteurs assurent aussi d'une fructification extrêmement tardive et ne semblent pas avoir rencontré de difficultés pour une récolte à la Toussaint.

Henri Louis Duhamel du Monceau :

"Et lorsque ce cerisier est planté dans un espalier exposé au nord, les derniers fruits ne mûrissent qu'en novembre, saison où l'on voit avec plaisir une compote de cerises, quoique celles-ci venues à l'exposition du nord soient un peu trop acides, même en compote".

Elie-Abel Carrière :

"Ainsi, cette année 1876, nous avons mangé de ces cerises le 8 novembre et bien qu'elles n'étaient pas comparables - sinon relativement - aux bonnes cerises de saison, nous les avons néanmoins trouvées bonnes".

Ainsi, après consultation de la littérature ancienne, il se confirme que mon Griottier de la Toussaint ne se comporte pas, pour la floraison, comme rapporté dans celle-ci pour l'espèce.

Et je n'ai rien trouvé sur des différences éventuelles de durée et d'intensité de la floraison en zones climatiques comme la mienne.

En ce qui concerne la tardiveté de la fructification, j'observe malgré tout une certaine cohérence.

Pour apprécier correctement une date de fructification, il faut prendre en compte la latitude (et l'altitude) du lieu de plantation, ainsi que l'exposition de l'arbre. 

Ma région (Toulon) se situe parmi les latitudes les plus basses de France métropolitaine, donc avec un effet d'avance sur la période de fructification. Mon Griottier de la Toussaint est exposé plein sud.

Dans ces conditions, je m'attendais à une récolte plus tardive que pour quelque autre griottier ou cerisier que je connaisse, mais je n'espérais pas des fruits à la Toussaint. Quoi que... Ma passion des fruitiers m'entraîne parfois à rêver au-delà de ce que devrait autoriser mon esprit cartésien...

Malgré l'absence de véritable floraison continue, il m'est arrivé de trouver sur mon Griottier de la Toussaint une quinzaine de fruits mûrs à la mi-septembre.

Une fructification mi-septembre chez moi, cela peut signifier mi-octobre dans le nord de la France...

L'arbre possède quand même un potentiel pour la fructification tardive.

Sur la base de la dernière fructification observée chez moi, on peut penser que, dans le nord de la France, en Belgique ou dans des régions encore plus septentrionales, voire dans certaines zones de montagne, le cas échéant avec une exposition de l'arbre au nord, une dernière récolte à la Toussaint est tout à fait possible. Notamment si les fruits ne sont pas attaqués par les oiseaux et qu'on les laisse durer sur l'arbre.

On rejoint en cela les observations de fructification rapportées par Henri Louis Duhamel du Monceau et Elie-Abel Carrière.

Il n'est rien dit sur les lieux où ont été réalisées leurs observations du Griottier de la Toussaint.

Pour Henri Louis Duhamel Du Monceau, il paraît très probable que ce soit à Vrigny, dans le Loiret, à proximité de Pithiviers, car c'est l'endroit où il avait établi ses collections botaniques, même si l'on peut aussi envisager les domaines de Denainvilliers ou du Monceau qui lui ont appartenus, situés également dans la région de Pithiviers.  

Pour Elie-Abel Carrière, en raison de ses fonctions au Muséum d'Histoire Naturelle, on peut présumer que c'est à Paris, ou en région parisienne.

En réfléchissant plus avant sur la floraison de mon Griottier de la Toussaint, j'ai envisagé une autre hypothèse que l'incidence des conditions climatiques estivales. L'hypothèse climatique explique en partie la pauvreté de la floraison après celle, initiale, conduisant à la fructification massive de juillet. Mais elle n'explique pas la non reprise d'une floraison normale au début septembre.

Il est probable que les pieds-mères dont sont issus les individus, le cas échéant greffés, observés par les uns et par les autres, proviennent de souches obtenues à l'origine par des semis différents.

Parmi les différences qui en résultent, on trouverait une différence d'aptitude à la floraison permanente (en période de foliaison, bien entendu).

Elie-Abel Carrière nous éclaire sur l'effet du semis pour le Griottier de la Toussaint :

"Nous avons semé bien des fois des noyaux de Cerise de la Toussaint, et toujours nous avons obtenu des plantes diverses variant souvent considérablement par la végétation, le port et le faciès, et il en a été de même pour les fruits. Quelquefois, pourtant, nous avons obtenu des individus qui paraissaient se rapprocher du type, mais néanmoins nous n'oserions affirmer que nous ayons jamais obtenu celui-ci. On fera donc bien de le greffer si on veut le conserver franc".

Mon spécimen greffé de Griottier de la Toussaint serait en fait issu d'une souche chez laquelle le phénomène de floraison permanente serait génétiquement très atténué...

L'hypothèse reste ouverte, elle n'est pas vérifiée.

Cette hypothèse pourrait d'ailleurs expliquer un point qui m'a intrigué lors de ma consultation de la littérature ancienne.

Très souvent, dans les textes lus, les auteurs portent des jugements négatifs sur la valeur du fruit, contrairement à l'appréciation positive qui est la mienne.

Henri Louis Duhamel du Monceau fait remarquer : "L'eau est fort acide" (l'eau signifiant le jus du fruit).

Louis Claude Noisette, Le jardin fruitier, 1821, va encore plus loin, en écrivant : "Le fruit petit et très rouge est tellement acide que les oiseaux même refusent de le manger".

Ce ne sont pas les seuls jugements défavorables que j'ai trouvés au cours de mes recherches, Paul de Mortillet, Les meilleurs fruits, 1865, trouvant même le fruit "âpre", en sus de "très acide"...

Comment expliquer la différence entre de tels jugements et celui que je porte (fruit acidulé, mais assez doux, de saveur agréable) après quinze années de culture du Griottier de la Toussaint ?

Je ne suis d'ailleurs pas le seul en contradiction avec ces appréciations défavorables quasi unanimes. Elie-Abel Carrière a également une opinion favorable du fruit.

Nous l'avons vu dans ses commentaires de la récolte du 8 novembre 1876, et il le dit également dans la description du fruit :

" Fruits... d'abord très acides, puis s'adoucissant successivement à mesure qu'ils mûrissent, finalement assez bons, bien que jamais complètement  doux".

J'exclus, pour l'explication des jugements opposés, une différence de tolérance à la saveur acide d'un fruit.

Les auteurs précités étaient habitués, comme je le suis, à évaluer le caractère acide que l'on peut trouver dans les fruits en général, dans les griottes en particulier. Ainsi, le jugement des uns et des autres sur l'acidité du fruit du Griottier de la Toussaint ne saurait être déviant par rapport à une norme commune.

J'émets deux hypothèses : soit nous avons observé des individus issus de souches génétiquement différentes, soit des conditions de culture différentes (climat, sol, porte-greffe) sont à l'origine d'une différence de goût.

ll est probable que les pieds-mères dont sont issus les individus, éventuellement greffés, observés par les uns et par les autres proviennent de souches obtenues à l'origine par des semis différents, et que, parmi les différences qui en résultent, on trouve le degré d'acidité du fruit.

Indépendamment d'une telle explication, on ne peut exclure l'influence des conditions de culture sur l'acidité du fruit.

Par analogie avec les variétés fruitières d'autres espèces, chez lesquelles on peut constater un "effet terroir" modifiant la vigueur, la faculté de fructifier abondamment ou le goût du fruit lorsqu'elles sont plantées dans d'autres régions que leur terroir d'origine, on peut bien évidemment supposer que ce sont les conditions de culture qui expliquent la différence de goût.

Les plus expérimentés en culture fruitière incluront dans celles-ci la nature du porte-greffe.

Concernant l'éventualité de souches différentes, je précise que j'ai acquis mon spécimen greffé auprès de Pierre Racamond, pépiniériste très connu de Saint-Andiol (Bouches-du-Rhône), aujourd'hui retraité, qui fut l'un des principaux acteurs de la sauvegarde des anciennes variétés fruitières pour la seconde partie du 20e siècle.

Pour ceux qui pencheraient plutôt pour l'hypothèse des conditions de culture, je précise que mon climat est de type littoral méditerranéen, mon sol est un limon argilo-sableux très profond, de pH 7,4 et que mon terrain est exposé plein sud en plaine dégagée, donc avec un ensoleillement maximal.

Je ne me souviens plus du porte-greffe, mais, par mes habitudes d'achat, il y a de fortes probabilités qu'il s'agisse de Sainte-Lucie.

Si l'on retient l'éventualité de l'incidence de souches différentes sur l'acidité du fruit, il est important d'avoir à l'esprit que, parmi les individus greffés de Griottier de la Toussaint qui sont proposés à la vente ou ceux dont on souhaite prélever des greffons, certains produisent des fruits très acides et d'autres des fruits assez doux.

Il conviendrait alors de goûter les fruits du pied-mère, ou de bien se renseigner à leur sujet, si l'on tient absolument à des fruits assez doux.

Sachant que si le pied-mère n'est pas dans la même région, il faudrait s'attendre éventuellement à un effet terroir favorable ou défavorable sur le goût testé.

La grosseur des fruits n'est pas forcément indicative d'un individu de souche différente. Henri Louis Duhamel du Monceau nous indique :

"Un bon terrain bien cultivé augmente tellement la grandeur des feuilles et les dimensions du fruit, que j'ai quelquefois douté s'il n'y a pas plusieurs variétés de ce cerisier".

Au-delà de mes considérations sur la permanence d'une vraie floraison ou sur la variation de goût des fruits d'une souche à l'autre, ou d'une région à l'autre, une chose est certaine à mes yeux : mon Griottier de la Toussaint est un merveilleux arbuste ornemental et fruitier, l'un des tous premiers auxquels je tiens parmi mes collections de fruitiers rares.

Plantez le donc, pour votre plaisir et votre profit, et contribuez, en diffusant des greffons, à la sauvegarde pour les générations futures de ce symbole fruitier, signalé (sans être nommé) pour la première fois en 1586 par Jacques Daléchamps, Historia generalis plantarum, Tome 1, p. 262...

 

Notes de l'auteur

- La référence implicite au Griottier de la Toussaint, en page 262 du Tome 1 de la version française (1615) de Historia generalis plantarum, est : "Il y en a aussi qui croissent en façon de grappe de raisin, et d'autres qui font trois à trois, quatre à quatre ou cinq à cinq, dépendantes d'une queue". La page 262 du livre en version numérique n'est pas mémorisable par lien direct. Se positionner sur la page 265 (et non 262) de l'index vertical mobile à droite de l'écran.

- Les lecteurs intéressés pourront se reporter à la description détaillée de Louis Henri Duhamel du Monceau : Traité des arbres fruitiers, Tome premier, pp. 178-180, 1768 - planche VII.

- A la date de rédaction du présent article, l'édition de la Revue Horticole vol. 49, où figure l'article d'Elie-Abel Carrière, a été numérisée mais n'est pas en accès libre sur Internet.

Appel aux lecteurs (2014) : si vous disposez d'observations de comportement d'un Griottier de la Toussaint, quelle que soit la région, vous pouvez me les adresser. De même, si vous pensez pouvoir expliquer le comportement de mon spécimen, vous pouvez m'en faire part. Je ne manquerai pas d'enrichir l'article au bénéfice du plus grand nombre. Contact

 

SIROP DE GRIOTTES DE LA TOUSSAINT
 

Je consomme volontiers les griottes de la Toussaint crues car je les trouve assez douces, bien qu'acidulées.

Toutefois, la récolte est bien trop importante pour être consommée entièrement à l'état frais.

Outre la compote et la confiture, les griottes de la Toussaint se prêtent bien à la confection d'un sirop typé.

Voici comment le confectionner.

Porter les fruits non dénoyautés à ébullition, sans ajouter d'eau, pendant trois minutes, tout en remuant.

Egoutter les griottes de façon à récupérer le jus (les griottes égouttées peuvent être placées en boîte au congélateur pour être consommées ultérieurement telles quelles, ou peuvent être utilisées pour faire de la confiture).

Faire réduire le jus récupéré du cinquième de son volume.

Ajouter 800 grammes de sucre par kilo de jus réduit.

Porter à ébullition pendant trois minutes tout en remuant bien.

Mettre en bouteilles préalablement ébouillantées et séchées.

Le sirop de griottes de la Toussaint se consomme additionné d'eau, en proportions variables selon le goût de chacun.
 

Griottier de la Toussaint : une récolte de fin de journée

Griottier de la Toussaint : une récolte de fin de journée

 

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