Essai d'une technique permettant de supprimer
le tronc d'un jeune figuier sans le couper

Auteur : François Drouet

 

 

Article publié en 2009
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Parmi ma collection de figuiers figurait un plant de quatre ans de la variété 'Abicou', conduit en tronc unique, ce dernier d'une hauteur de 1 mètre.

En fin d'hiver 2003/2004, j'ai souhaité intégrer cette variété dans une haie de figuiers au sein de laquelle les variétés sont conduites en touffes.

J'étais particulièrement satisfait du volume, de la disposition et de la régularité des charpentières, conférant à cet arbre prometteur une forme harmonieuse et productive.

Pour les conserver, il fallait éviter les deux techniques que je connaissais pour passer à la forme en touffe (rabattre l'arbre au ras du sol avant transplantation ou le replanter avec le tronc fortement incliné, en retaillant le cas échéant les charpentières situées du côté du sol).

Je me disais en regardant l'arbre en pied : "L'idéal serait d'arriver à conserver la ramure en gommant le tronc ; quelle belle touffe équilibrée ferait cette ramure posée sur le sol...". 

Et immédiatement me vint l'idée d'effacer le tronc du paysage en déplantant l'arbre et en le replantant sur place avec la totalité du tronc enterré. Ainsi le départ des charpentières actuelles serait le départ au sol de la touffe.

Poursuivant ma réflexion, je me suis dit que cette technique pourrait être utilisée pour intégrer l'arbre dans la haie : déplantation sans aucune taille de son endroit initial et replantation dans la haie, située à un autre endroit, avec le tronc enfoui jusqu'au départ des charpentières.

Puis je me suis demandé si l'arbre survivrait, compte tenu de ce que je savais des difficultés engendrées chez les fruitiers tels le pommier ou le poirier par une plantation trop profonde de la masse racinaire...

Mais je savais aussi, par expérience, que le figuier est une espèce particulièrement adaptée au marcottage naturel et au bouturage.

J'avais également connaissance de la pratique de certains producteurs de figues portugais consistant à bouturer directement en pleine terre des rameaux de 1,5 m de haut, à leur emplacement définitif sur les lignes de future production.

Donc pourquoi pas la réémission de racines sur tronc enfoui ?

Je décidai de tenter l'expérience aussitôt, la période convenant bien à la transplantation.

Une fois replanté dans la haie avec le tronc totalement enterré, le jeune figuier constituait la plus jolie touffe de la ligne : résultat parfait instantané.

Il fallait maintenant observer la suite...

Malgré des arrosages réguliers, le figuier replanté ainsi n'a émis aucune feuille pendant les premières semaines du printemps 2004, alors que le reste de la haie de figuiers était en feuilles.

Je compris assez vite que l'eau, même déversée de façon abondante à chaque arrosage, avait de la difficulté à parvenir en quantité suffisante jusqu'aux racines de l'arbre, désormais séparées de la surface du sol par un mètre de tronc enterré.

J'aurais dû penser à placer verticalement dans le trou de plantation un tube ou un morceau de tuyau assez large émergeant de terre et suffisamment long pour amener l'eau d'arrosage directement sur la masse racinaire...

Mais les bourgeons de fin de rameaux restant verts et l'écorce ne se fripant pas, je décidai, par goût de l'expérimentation, de ne rien faire, si ce n'est de bien saturer le plant en eau lors des arrosages (en y revenant plusieurs fois après refoulement puis absorption de la quantité d'eau déversée à chaque passage successif du même arrosage). 

Les premières feuilles se sont développées avec deux mois de retard sur celles des autres figuiers de la haie. Elles avaient, fin août 2004, une taille quasi normale pour l'âge du sujet et l'ensemble de la touffe présentait une allure très saine. Aucune charpentière ni coursonne, ni aucun rameau, n'avait séché, même partiellement.

Une fois l'hiver passé, la reprise de végétation au printemps 2005 s'est effectuée avec un feuillage de taille normale, mais les pousses de l'année, bien réparties sur l'arbre, ont été très courtes.

Absence de production de figues fleurs, alors que cette variété est bifère.

La production des figues de deuxième saison a eu lieu ; toutefois les fruits obtenus étaient exceptionnellement petits et ne sont pas parvenus à maturité.

La partie semblait peut-être  gagnée, même si le stress subi par l'arbre avait été visible. Mais une observation des conditions d'évolution de l'arbre sur quelques années s'avérait  nécessaire pour valider définitivement  la technique.

C'est ce que je fis attentivement les trois années suivantes.

Le constat fut celui d'un échec : végétation d'allure saine mais bloquée (pas de croissance de la touffe existante, pas d'émission de drageons pour l'étoffer) et aucune fructification (ni de figues fleurs, ni de figues de deuxième saison).

A l'automne 2008, voulant en avoir le coeur net, j'ai fait arracher l'arbre avec précaution et l'ai examiné attentivement : aucune émission de racines au niveau du mètre de tronc enfoui depuis quatre ans et demi ; seules trois radicelles insignifiantes au niveau du collet de la touffe (niveau de l'ancien départ des charpentières de l'arbre conduit sur tronc, rappelons le) ; masse racinaire de départ, située à un mètre sous terre, intacte mais ne s'étant nullement développée.

L'échec constaté en surface avait une explication logique au-dessous du sol...


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