A la recherche de
la "pomme de pin géante"

Auteur : Charles Gratien

 

 

Article publié en 2004 - modifié en 2007
Crédit photographies : Charles Gratien
Tous droits réservés

 

M'étant rendu au "domaine du Rayol" (Var), j'étais particulièrement intéressé par un arbre que l'on m'avait indiqué s'y trouver, assez rare en France métropolitaine et dont le cône, impressionnant par la taille (il peut atteindre la dimension d'un ballon de rugby, pour un poids de 10 kg !), manque encore à ma collection de fruits secs : Araucaria bidwillii (ou pin Bunya ou Bunya-Bunya).

De plus, la graine contient une amande comestible, nourriture habituelle des aborigènes australiens.

Alors, en qualité de passionné, et surtout goûteur, de fruitiers rares, je me devais de partir à la recherche de la "pomme de pin géante".

La visite se fait en un après-midi ensoleillé et chaud, habituel pour la saison dans cette région privilégiée, le mardi 21 septembre 2004.

Ce conifère, originaire d'Australie, a trouvé dans ce jardin bien protégé des gelées un lieu propice à sa croissance, son développement et même à sa fructification ; pourtant l'arbre est présenté comme dioïque et il n'y a qu'un seul sujet au Rayol (?).

Je me rends prestement auprès du beau sujet à la forme caractéristique. Un examen visuel du houppier ne me permet pas d'apercevoir le moindre cône. Je décide de faire le tour de l'arbre, en ne comptant pas trop y trouver grand-chose.

Oh surprise ! A défaut d'y découvrir mon mythique cône, je ramasse quelques énormes écailles de celui-ci. Le fait d'être en possession de ces gigantesques échantillons me procure beaucoup de plaisir (imaginez ma joie si j'avais pu trouver le fruit entier !).

J'en conclus que l'arbre a bien fructifié cette année, ayant pu ramasser des morceaux "frais" de son fruit.

De retour à Mont de Marsan, j'examine de près les quatre écailles ramenées à mon domicile telles des trophées. Chacune d'entre elles mesure bien 7 cm de long. Je ne connaissais jusqu'à présent que nos simples "pommes de pin", ou autres pignes ou cônes de classiques conifères avec leurs modestes graines appréciées des écureuils.

Ecaille du fruit de Araucaria bidwillii

Ecaille du fruit de Araucaria bidwillii

Je trouve mes écailles bien ventrues et me dis que ce renflement renfermerait peut-être une graine.

Avec un couteau, je découpe la membrane et, à nouveau, j'ai une grande émotion car mon idée était bonne : le renflement de l'écaille cache bien une grosse graine.

Ecaille ouverte du fruit de Araucaria bidwillii

Sa longueur est de 4 cm. Elle rappelle un peu le fruit sec de l'amandier mais avec une coquille plus lisse et moins dure.

Je découpe facilement la graine avec une scie à métaux. Je n'ai pas utilisé un casse-noix afin de ne pas briser la graine et son contenu.

Intérieur de la graine du fruit de Araucaria bidwillii

Intérieur de la graine du fruit de Araucaria bidwillii

Je constate le peu d'épaisseur de la coque ainsi que la grosseur de l'amande de couleur blanchâtre.

Coque et amande d'une graine de Araucaria bidwillii

Coque et amande d'une graine de Araucaria bidwillii 

Puis voici venu le moment solennel de la dégustation. A vrai dire, je suis quelque peu déçu car je m'attendais à retrouver la finesse de la texture et du goût du "pignon", l'amande de la graine de Pinus pinea (pin pignon ou pin parasol).

Non, c'est un peu farineux, ça ressemble, mais en meilleur, à une châtaigne crue, avec une petite saveur de résine. Mais il me semble que les aborigènes australiens la font griller. Cela doit améliorer le goût, il faudra que je fasse des recherches à ce sujet.

En conclusion, je suis extrêmement  heureux de faire partie des rares personnes ayant vu Araucaria bidwillii, touché une de ses graines et goûté son amande.

Je pense intéressant de vous présenter un comparatif de taille entre écailles et graines de Araucaria bidwillii et de Pinus pinea, une noix servant de témoin.

Ecaille et graine de Araucaria bidwillii  (à droite écaille et graine de Pinus pinea)

Ecaille et graine de Araucaria bidwillii
(à droite, écaille et graine de
Pinus pinea)

Le responsable du domaine du Rayol voudra bien m'excuser pour le ramassage (de fait interdit) de quelques écailles que j'ai effectué cet après-midi de septembre, mais la curiosité d'un amoureux de la nature, des arbres fruitiers en particulier, était bien trop forte, irrésistible même.

Mais, à la suite de cette expérience, j'étais toujours à la recherche d'une pomme de pin Bunya entière, dans le but d'enrichir de cette pièce maîtresse ma collection de fruits secs.

Je souhaitais donc visiter un autre parc ou arboretum, ou un jardin privé, dans lequel Araucaria bidwillii serait présent, en âge de fructifier.

J'avais, en fin de la première version du présent article, lancé un appel aux internautes qui en connaîtraient un afin qu'ils veuillent bien m'indiquer où il se trouve...

Cette demande pour la localisation d’autres spécimens d'Araucaria bidwillii a été un succès. J’ai pu enfin tenir dans mes mains mon "graal botanique" : la pomme de pin géante remplie de nombreuses graines comestibles...

Je complète donc mon article avec la narration de cette enthousiasmante découverte.

Un  jour d’août 2007, je reçois un mail de la part d’une habitante de Toulon. Celle-ci me signale la présence d’un Araucaria bidwillii dans le parc d’une maison de repos de la côte varoise. Selon ses dires, l’arbre, en pleine production, se déleste de ses cônes et certains sont exposés à la réception de l’établissement.

Je sens immédiatement que cette piste est la bonne et prends mon téléphone pour appeler la maison de repos. Mon plus grand désir serait que l’on me réserve une pomme de pin géante...

A ma grande joie, l'aimable personne qui me répond ne s’oppose pas un seul instant à ma demande originale. Au contraire, très coopérative, cette hôtesse d'accueil me donne une réponse positive : «La prochaine à se détacher sera pour vous».

Dès le lendemain, appel de sa part : « Monsieur, une nouvelle pigne est tombée, on la garde pour vous». Voilà, c’est fait, je tiens un cône entier... Mais  il se trouve à 700 kilomètres de mon domicile ! Je ne vais pas demander à cette personne de me confectionner un colis et me l’envoyer...  Alors comment récupérer cet « objet de mes rêves » le plus rapidement possible afin de le faire sécher pour le conserver intact ?

Heureusement mon réseau de correspondants est assez dense dans le sud de la France. Une amie de la Seyne Sur Mer se propose spontanément d’effectuer la récupération et le séchage de la pigne gigantesque avant ma prochaine venue dans le Var.

Voici une série de photographies prises par mon amie à cette occasion.

Tout d’abord l’arbre est magnifique.

Araucaria bidwillii (pin Bunya)

Araucaria bidwillii (pin Bunya)

Le houppier est bien régulier, le tronc faisant un bon mètre de diamètre à sa base. En observant attentivement, on peut constater la  présence d’une chaîne rouge et blanche qui interdit l’accès sous l’arbre pour cause de chutes de pignes géantes !

Araucaria bidwillii (pin Bunya)

Araucaria bidwillii (pin Bunya)

A présent, approchons nous de ce conifère pour observer que les feuilles sont assez rigides et piquantes, mais bien moins que celles du célèbre "Désespoir du singe" (Araucaria araucana) chez lequel elles constituent des sortes d’écailles agressives au toucher.

Araucaria bidwillii (pin Bunya)

Feuillage de Araucaria bidwillii (pin Bunya)

 

Feuilles de Araucaria bidwillii (pin Bunya)

Feuilles de Araucaria bidwillii (pin Bunya)

Passons maintenant aux fruits monstrueux de cet arbre particulier avec un cône de 3,7 kg. A titre de comparaison, une pigne fraîche de pin maritime pèse seulement 200 g en moyenne.

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : fruit de 3,7 kg

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : fruit de 3,7 kg

 

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : fruit de 3,7 kg

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : fruit de 3,7 kg (vu côté apex)

 

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : fruit de 3,7 kg (vu côté pédoncule)

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : fruit de 3,7 kg (vu côté pédoncule)

Un tel fruit de 3,7 kg est donc déjà énorme, mais il existe beaucoup plus gros ! Un internaute de Corse m’a envoyé une photo avec des sujets de 7 et 9 kg. Nous sommes proches des 10 kg, annoncés pour les plus gros dans la littérature botanique !

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : fruits de 7 et 9 kg

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : fruits de 7 et 9 kg

Pendant plusieurs semaines, mon cône offert par la maison de repos a séché lentement sous le chaud soleil du littoral méditerranéen.

Voici venu le moment solennel d’aller le récupérer à l’occasion de mes congés annuels. Après une journée de route, me voici à la Seyne Sur Mer chez ma dévouée amie qui me remet ma pomme de pin géante.

Je reçois celle-ci et la prends dans mes mains avec beaucoup d’émotion, le cœur battant. Elle est maintenant sèche et se conservera certainement de longues années dans ma collection botanique.

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : fruit sec

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : fruit sec

Le lendemain, je me rends sur le lieu où se trouve l’Araucaria bidwillii géniteur de mon bien. Je remercie les hôtesses qui m'ont gardé le fruit (et leur remets le petit présent prévu pour leur gentillesse...), puis je me dirige au pied de l’Araucaria. Les chutes de fruits sont désormais terminées. Mais sur le sol se trouvent encore de nombreuses écailles avec leur graine et j'effectue une bonne récolte.

Une fois la décortication faite, le poids des graines seules atteint les 2 kg.

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : graines

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : graines

Les amandons grillés par mon amie, qui avait elle aussi ramassé des écailles, ont donné un mauvais résultat. Ils ont durci et sont devenus presque comme de la pierre.

A mon retour de vacances, je teste donc la cuisson dans l’eau bouillante. L’expérience est concluante. L'amande cuite est meilleure que crue. Le goût rappelle la châtaigne bouillie en moins farineux, avec un arrière goût légèrement résineux. Ma récolte varoise m’a permis d’en manger à plusieurs reprises.

Pour enrichir encore l'expérience, j'ai essayé le semis de certaines des graines récoltées et j'ai pu en réussir trois.

L'observation des différents stades de la germination est fascinante. Je vous en fais part en six photographies.

Stade 1:

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : germination, stade 1

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : germination, stade 1

Stade 2 :

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : germination, stade 2

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : germination, stade 2

Stade 3 :

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : germination, stade 3

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : germination, stade 3

Stade 4 :

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : germination, stade 4

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : germination, stade 4

Stade 5 :

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : germination, stade 5

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : germination, stade 5

Pousse de 1 cm :

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : pousse de 1cm

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : pousse de 1 cm

Pousse de 12 cm :

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : pousse de 12 cm

Araucaria bidwillii (pin Bunya) : pousse de 12 cm

L’histoire de ma recherche de la pomme de pin géante se termine donc de la meilleure façon.

Des internautes m'ont signalé la présence de l’Araucaria bidwillii à Ajaccio, Cannes, Nice, Théoule Sur Mer, Hyères et La Seyne Sur Mer. J’en profite pour les remercier.

 

Début de l'article    Liste des articles