A la découverte de la morelle de Balbis
(Solanum sisymbriifolium)

Auteur : Charles Gratien

 

 

Article publié en 2004
Crédit photographies : Charles Gratien
Tous droits réservés

 

Les légumes-fruits se situent à la frontière des fruitiers et des plantes légumières, et constituent l'ultime domaine d'exploration du passionné de fruitiers rares.

Dans ce domaine particulier, on compte notamment les morelles aux noms mystérieux : morelle des anthropophages (Solanum uporo), morelle de Wallis (Solanum muricatum), morelle de Balbis (Solanum sisymbriifolium) etc.

Plantons donc ces inconnues et testons leurs fruits...

C'est ce que je vous invite à faire en vous livrant mon expérience de culture de la morelle de Balbis.

Je pense qu'on peut considérer encore à ce jour cette espèce comme un fruitier rare, car qui a déjà vu des fruits de morelle de Balbis en vente sur un marché ?

La plante appartient à la grande famille des Solanacées, dont font partie les très célèbres tomate, aubergine et pomme de terre.

Son pays d’origine est l’Amérique tropicale. En France métropolitaine, sa culture est tout à fait possible comme  plante annuelle.

Les graines rondes et plates, d’environ 2 mm de diamètre, ressemblent fortement à celles de l’aubergine.

Graines de Solanum sisymbriifolium

Graines de Solanum sisymbriifolium

Je sème en mars dans un pot  que je mets dans une serre hors gel. Il est également possible de semer au chaud à l’intérieur de son domicile dans un endroit bien lumineux.

La levée est assez rapide, de 7 à 10 jours suivant la température ; un repiquage des jeunes plantules s’impose.

Plantule de Solanum sisymbriifolium

Plantule de Solanum sisymbriifolium

Rapidement on voit apparaître sur les jeunes plants ce qui caractérise le plus notre Solanum sisymbriifolium : des aiguillons. Ceux-ci, de couleur jaune orangé, hérissent toutes les parties : tiges, feuilles, calices.

 Aiguillons sur Solanum sisymbriifolium

 Aiguillons sur Solanum sisymbriifolium

Cette caractéristique rend la plante dissuasive pour les jardiniers n’aimant pas les végétaux piquants. Les oiseaux prédateurs de petits-fruits semblent également s’en  méfier car je n’ai jamais vu ni merles ni étourneaux se poser sur la plante et manger des fruits.

Le repiquage en pleine terre s’effectue lorsque les gelées ne sont plus à craindre. L’apport de matière organique est apprécié ainsi qu’un arrosage régulier et assez abondant.

La pousse est rapide. Bien vite la plante se ramifie et prend l’allure d’un arbrisseau (hauteur 1m 50). Le tuteurage est nécessaire. Personnellement,  je n’effectue aucune taille.

Les feuilles sont découpées et je les trouve assez décoratives. Leur longueur peut atteindre 25 cm.

Feuille de Solanum sisymbriifolium

Feuille de Solanum sisymbriifolium

Les fleurs sont regroupées en grappes de 10 à 12 unités. Leur diamètre fait environ 5 cm et leur couleur est blanche. Dans la littérature spécialisée, il est parfois mentionné qu’elles peuvent varier du blanc au bleu-violet plus ou moins intense. L’aspect rappelle, bien sûr, celui des fleurs d’aubergine ou de pomme de terre, même famille oblige !

Fleur de Solanum sisymbriifolium

Fleur de Solanum sisymbriifolium

Venons en maintenant à la partie qui nous intéresse le plus : son fruit.

Après la fécondation de la fleur, le jeune fruit est entièrement recouvert par le calice épineux qui s’est agrandi. Ensuite le fruit grossit et commence à être plus volumineux que l’enveloppe du calice.

Les premiers fruits mûrs apparaissent généralement fin juillet (département des Landes, aux étés chauds).

Fructification de Solanum sisymbriifolium

Fructification de Solanum sisymbriifolium

Ils sont plutôt sphériques, avec la partie apicale en pointe (certains cultivars seraient plus pointus) et rouge brillant. Ils ont l’aspect d’une tomate-cerise et restent légèrement enveloppés par le calice épineux.

Fruit de Solanum sisymbriifolium

Fruit de Solanum sisymbriifolium

Le fruit s’en détache très facilement lorsqu’il est à point ; c’est d’ailleurs un signe pour reconnaître ceux qui sont mûrs. Un autre indice du mûrissement optimal est le fait que la peau du fruit se fende. Arrivé à ce stade, il ne tardera pas à se détacher tout seul et à tomber.

Fruits bien mûrs de Solanum sisymbriifolium

Fruits bien mûrs de Solanum sisymbriifolium

Le diamètre du fruit varie de 1,5 à 3 cm.

L’intérieur est orange et les graines sont nombreuses.

Intérieur du fruit de Solanum sisymbriifolium

Intérieur du fruit de Solanum sisymbriifolium

Le goût est légèrement sucré et sans aucune acidité, contrairement  au coqueret du Pérou (Physalis peruviana), un autre petit-fruit plus connu, avec lequel nous pouvons le comparer au niveau de la texture de la chair (toutefois légèrement moins juteuse pour notre morelle).

Il faut l’avouer, le fruit de Solanum sisymbriifolium ne laisse pas une saveur inoubliable au palais. Certains membres de ma famille le préfèrent quand même au coqueret du Pérou, d’autres non. Disons, en conclusion, qu’il est douçâtre et moins goûteux que ce dernier.

La production fruitière est longue et régulière de fin juillet aux premières nuits froides d’octobre, car la plante produit continuellement de nouvelles fleurs. Peu à peu la plante dépérit,  au fur et à mesure que l’automne s'installe, et meurt. Parfois des gelées précoces la détruisent alors qu’elle porte encore des fleurs, des fruits verts et des fruits mûrs (à moins de les avoir tous mangés...).

Ma famille et moi grapillons les fruits mûrs directement au jardin lorsque l’envie nous en prend. C’est à dire, pour ma part,  tous les jours, car comme le raisin pour l’étourneau, les baies rouges et luisantes de la morelle de Balbis attirent irrésistiblement mon regard et l’amoureux des fruits commence à se régaler…

La transformation en compote, marmelade, confiture ou gelée serait possible. A essayer.

Un de mes correspondants m'a indiqué avoir rencontré cette plante aux Pays-Bas, où elle est cultivée pour lutter contre les nématodes des pommes de terre.

Les nématodes de la pomme de terre se conservent dans le sol plusieurs années dans des kystes. Lorsqu'une culture de pommes de terre se met en place, les sécrétions des racines déclenchent l'éclosion des kystes et la multiplication de ces vers microscopiques dans les racines. Ceci entraîne une perturbation de la plante pouvant aller jusqu'à réduire à néant les rendements.

Ces parasites sont très contrôlés et les parcelles infectées sont interdites de pommes de terre ou autres Solanacées vivrières pendant au moins 7 ans (déclaration en préfecture ...).

L'intérêt de la morelle de Balbis semble être de déclencher l'éclosion des kystes mais de rendre impossible la migration des nématodes dans les racines, entraînant leur mort et réduisant ainsi fortement les populations.

Une société hollandaise spécialisée commercialise à cet effet Solanum sisymbriifolium auprès des maraîchers.