Comment obtenir une récolte très importante
avec un seul pied de Solanum muricatum

Auteur : Charles Gratien

 

 

Article publié en 2009
Crédit photographies : Charles Gratien
Tous droits réservés

 

Une des Solanacées qui commence à être connue en France, où elle demeure toutefois très peu cultivée, est la morelle de Wallis (Solanum muricatum Ait.).

Elle croît en Amérique du Sud, de la Bolivie à la Colombie, depuis le niveau de la mer jusqu'à 3000 m d'altitude, et y a pour nom vernaculaire Pepino.

En France, elle est souvent appelée "poire-melon" par ceux qui la commercialisent, nom fantaisiste auquel je ne souscris pas.

Le sol de mon jardin est sablonneux, sec, peu fertile et Solanum muricatum y pousse, mais avec difficulté.

Le Pepino préfère une terre riche et un arrosage régulier.

C'est une plante qui s'allonge et se marcotte au fur et à mesure qu'une tige touche le sol.

Les fruits sont lourds, entrent en contact avec la terre, risquant ainsi de pourrir ou d'être attaqués par les limaces.

Un problème assez mystérieux pour le profane concerne la fécondation des fleurs. Il arrive effectivement qu'une forte majorité de celles-ci avortent, entraînant une production de fruits par pied extrêmement faible.

En fait l'espèce est auto-incompatible et les fruits parthénocarpiques.

Ces observations m'ont incité à abandonner la culture classique en pleine terre et à mettre au point, au fil des années, une autre méthode.

Celle-ci consiste simplement à "chouchouter" un seul plant de Solanum muricatum dans un grand container.

J'utilise personnellement à cet effet un fût métallique récupéré chez un garagiste. Capacité d'environ 200 litres.

Je le coupe en deux, de manière à obtenir deux containers de 100 litres, ce qui est suffisant pour mon mode de culture. L'opération de découpe s'effectue très facilement avec une meuleuse à disque. Ne pas oublier de mettre gants et lunettes de protection pour cette opération.

Laver correctement l'intérieur. Percer, avec un marteau et un burin ou une grosse tige métallique, quelques trous de drainage au fond du demi-fût.

Remplir la moitié de celui ci avec de la très bonne terre enrichie de compost ; ne pas oublier que les Solanacées sont des plantes gourmandes.

Je bouture dans un godet de 7 cm x 7 cm mon Pepino dès le mois de septembre avec une tige prélevée sur le pied mère.

Je fais hiverner le jeune plant en serre hors gel en le pinçant plusieurs fois pour le fortifier.

Plantule de Solanum muricatum Ait.

Plantule de Solanum muricatum Ait.

La plantation dans le fût métallique s'effectue en avril.

Si des gelées sont encore à craindre, il est facile de mettre une protection (voile spécifique, carton ou tissu) sur notre Solanum car celui ci se trouve planté à mi-hauteur du container.

Avec les beaux jours et la chaleur, la plante va rapidement prendre de la hauteur et du volume.

Au fur et à mesure qu'elle pousse, je rajoute du compost bien décomposé. Les tiges du Solanum muricatum vont émettre de nouvelles racines et notre petite plante va considérablement se développer surtout, si, comme moi, vous l'arrosez de temps en temps avec du purin d'ortie ou de consoude dilué à 1/10ème.

En été, pendant les fortes chaleurs, il est nécessaire d'arroser tous les soirs.

Afin de soutenir les futurs fruits, je plante des tuteurs sur le pourtour de mon fût métallique et je les relie entre eux avec de la ficelle. J'obtiens ainsi un cercle de soutien sur lequel viendront reposer les fruits. Je recommande de réaliser plusieurs cercles de cordage pour un maintien optimal de la plante et de ses fruits.

La floraison se produit assez rapidement après la plantation dans le fût.

Les fleurs de Solanum muricatum poussent en bouquets. Leur couleur est blanche légèrement panachée de violet. Elles sont rarement entièrement ouvertes en été ; par contre, en automne, leur diamètre atteint 2,5 centimètres.

Fleurs et feuilles de Solanum muricatum Ait.

Fleurs et feuilles de Solanum muricatum Ait.

Une majorité de fleurs avortent. Compte tenu de la quantité très importante de fleurs produites par un sujet, ce phénomène est nécessaire. Mais il m'est arrivé, lors de cultures classiques en pleine terre avec plusieurs sujets, d'obtenir seulement 4 ou 5 fruits par pied.

Ma nouvelle méthode de culture a permis de remédier à ce problème car j'obtiens plusieurs dizaines de fruits avec un seul pied. Quel plaisir de voir mon Pepino si abondamment chargé !

Fruits de Solanum muricatum Ait.

Fruits de Solanum muricatum Ait.

Concernant le fruit, voici quelques renseignements.

Sa forme est ovale et certains fruits présentent une légère pointe dans la partie inférieure.

Pour les plus gros, les dimensions sont de 11 cm de long et 8 cm de diamètre, pour un poids de 400 grammes.

Lorsque le fruit se développe, il est de couleur blanc-verdâtre.

Fruits de Solanum muricatum Ait. en cours de formation

Fruits de Solanum muricatum Ait. en cours de formation

A maturité, il jaunit et se marbre légèrement de quelques bandes verticales violettes. A ce stade il dégage une odeur parfumée et peut être dégusté.

Fruits mûrs de Solanum muricatum Ait.

Fruits mûrs de Solanum muricatum Ait.

Il existe aussi des variétés aux fruits mûrs presque entièrement violets.

Solanum muricatum Ait. : variété à fruits violets

Solanum muricatum Ait. : variété à fruits violets

 

Solanum muricatum Ait. : fruits mûrs d'une variété violette

Solanum muricatum Ait. : fruits mûrs d'une variété violette

Ne pas se précipiter pour consommer rapidement tous les fruits mûrs car ceux-ci se conservent plusieurs semaines dans un endroit frais sans subir le moindre dommage.

En septembre, la plante continue à émettre des tiges fleuries. Vous pouvez les supprimer afin de favoriser le développement des fruits existants.

En fin de saison, si les gelées sont annoncées, vous pouvez récolter les fruits non parfaitement mûrs car ils continuent à mûrir à l'intérieur. Mais, bien entendu, ceux mûris sur le pied sont de meilleure qualité.

En coupe, le fruit présente une petite cavité avec peu de graines. La chair est orangée, tendre, fine et très juteuse.

Coupe du fruit de Solanum muricatum Ait.

Coupe du fruit de Solanum muricatum Ait.

Je pèle le fruit car la peau, bien que peu épaisse, est assez coriace.

La quasi-totalité des personnes ne trouvent aucun goût de poire et retrouvent plutôt celui du melon. Le goût est d'ailleurs assez décevant : c'est en fait celui d'un melon de médiocre qualité.

Mais le caractère très juteux et peu sucré de sa chair lui confère un agréable pouvoir désaltérant. D'ailleurs, lorsque je suis assoiffé par mes travaux de jardinage, il m'arrive de cueillir un fruit de Pepino et de le manger au lieu d'aller boire un verre d'eau.

Selon certains auteurs, le fruit ne serait agréable et musqué que sous les climats de ses régions d'origine...

Je pense qu'il faudrait plutôt tester dans notre pays les cultivars sélectionnés pour la qualité de leur fruit, diffusés par certaines pépinières des USA, d'Australie et de Nouvelle-Zélande tels 'Cascade Gold',  'Golden Splendor', 'Temptation',  'Miski Prolific', 'Ecuadorian Gold', 'Vista', 'Toma', 'Rio Bamba' etc.

Une plantation précoce au printemps, un bel été et une belle arrière-saison douce et ensoleillée vous assureront des fruits de meilleure qualité. Ainsi en automne 2005, j'ai obtenu des Pepinos au goût agréable.

Je n'ai jamais rencontré ce fruit en vente sur aucun marché de France. A l'étranger, je l'ai trouvé à la vente sur l'île de Madère.

En hiver, après l'avoir bien sûr bouturé, je laisse cruellement geler mon Solanum muricatum dont j'ai pris si grand soin pendant toute la belle saison.

En France métropolitaine, il est impossible de le cultiver comme une plante vivace en plein air car cette espèce ne supporte pas la moindre gelée.

Selon mon expérience d'autres Solanacées, je ne pense pas qu'il soit intéressant de la cultiver comme une plante vivace en pot, avec hivernage à l'intérieur.

Mais je ne l'ai jamais essayé.

Dans ma serre un jeune pied de Pepino patiente, en attente d'une plantation en container et j'espère une récolte exceptionnelle...

 

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