Le camérisier du Kamtchatka
Lonicera kamtchatica (Sevast.) Pojark.

Auteur : Jean-Claude Tissaux
 

 

Article publié en 2009
Crédit photographies : Jean-Claude Tissaux
Tous droits réservés

 

INTRODUCTION

 

Environ 250 espèces de l'hémisphère nord appartiennent au genre Lonicera (chèvrefeuille), qui fait partie de la famille des Caprifoliaceae.

C'est le père Charles Plumier (1646-1704) qui nomma ce genre en hommage à Adam Lonicer (certains disent Lonitzer, 1528-1586) de Marbourg, qui exerça la médecine à Mayence et publia plusieurs ouvrages de botanique.

Il existe deux types de Lonicera, qui diffèrent par leur port : les chèvrefeuilles grimpants, qui sont des lianes dont les espèces les plus vigoureuses peuvent dépasser 15 m dans leur milieu naturel, et les chèvrefeuilles arbustifs, qui sont en fait des arbrisseaux érigés ou buissonnants mesurant de 0,60 à 2,50 m de haut, que l'on nomme les camérisiers.

Bien que le chèvrefeuille soit surtout connu pour ses caractéristiques ornementales et que la majorité des espèces produisent des fruits toxiques à des degrés divers, certaines espèces ont attiré l'attention pour leurs fruits comestibles.

Au Japon, où le fruit de certaines espèces est consommé depuis longtemps, leur dénomination est Haskap.

Leur nom vernaculaire dans le monde anglo-saxon est honeyberry ou edible honeysuckle.

En France, où leur apparition sur le marché date de quelques années seulement, leur appellation commerciale est Baie de mai, d'après une traduction de l'allemand Maibeeren, terme utilisé par la pépinière suisse germanophone qui a été la première à mettre à son catalogue deux cultivars de chèvrefeuille à fruits comestibles.

En fait, le chèvrefeuille comestible est connu de longue date par les autochtones des régions où il pousse à l'état spontané. Il a été mentionné pour la première fois dans la littérature à la fin du 17e siècle par l'explorateur russe Vladimir Atlasov.

En 1836, Peter Kuzmisev conseille la culture de cette espèce dans les régions du nord de la Russie.

Les débuts de sélection en vue de l'amélioration des qualités organoleptiques du fruit ont été réalisés en 1892 par le professeur T.D. Mauritc.

Des travaux de sélection à grande échelle ont été lancés à partir de 1950.

Les sélectionneurs russes ont combiné les caractéristiques de chaque espèce afin de créer des variétés débouchant sur une saveur plus sucrée.

Ce n'est qu'au début des années 90 que les nord-américains (Canada et États-Unis) s'intéressent à la production de nouvelles variétés et à leur culture à grande échelle.

A l'université du Saskatchewan, au Canada, se trouve la plus grande collection de cultivars russes en Amérique du Nord (35 clones et plus de 2500 accessions issues de semis).

Depuis 2005, les chercheurs expérimentent de nouveaux clones japonais.

 

PRINCIPALES ESPECES A FRUITS COMESTIBLES
DU GENRE LONICERA
 

Au sein du genre, les espèces à fruits comestibles sont soit diploïdes, soit tétraploïdes. Les principales sont les suivantes :

Espèces diploïdes. 

Lonicera boczarikowae Plekh.

Espèce endémique de l'extrême est de la Sibérie.

Les fruits sont sucrés ; ils se conservent bien, ce qui les rend aptes au transport.

Espèces tétraploïdes. 

Lonicera cærulea L. var. edulis Reg.

L'espèce-type Lonicera cærulea L. (le Camérisier bleu) est largement distribuée en Europe, en Asie et en Amérique du Nord.

En France, on la rencontre dans les Alpes et les Pyrénées, principalement à des altitudes comprises entre 1600 et 2000 m.

Cet arbrisseau de 0,60 à 1,50 m porte des fruits formés chacun par deux baies complètement soudées en une seule, globuleuse, d'un noir bleuâtre auquel une pruine donne des reflets bleu clair. Ces fruits sont très amers. Ils sont réputés toxiques par de nombreux auteurs (pas tous) et il vaut mieux éviter de les consommer.

Sa variété edulis Reg. (edulis signifie comestible) produit des fruits comestibles au début du printemps.

Elle n'existe pas à l'état naturel en France où c'est une variété de collectionneur.

Lonicera edulis Turcz.

Elle a été décrite comme une espèce à part entière par Turczaninow dans le Bulletin de la Société des Naturalistes de Moscou, 1845, p. 306.

Certains auteurs la considèrent comme un synonyme de Lonicera cærulea var. edulis.

Son  territoire naturel est la région de l'Amur. Les fruits ovoïdes bleu foncé sont sucrés et tombent vite une fois mûrs.

Lonicera pallassi Ledeb. 

L'espèce pousse dans les forêts du nord de la Russie (Murmansk, Oural), dans les basses terres de l'est et de l'ouest de la Sibérie et dans certaines zones de la Scandinavie.

L'arbuste possède des baies peu appréciées, du fait de leur astringence.

Lonicera altaica (Pall.) Sweet

Espèce sibérienne possédant de gros fruits amers et utilisée par les autochtones comme plante médicinale.

Elle possède une résistance au froid très importante.

Pour certains auteurs, il s'agit de la même espèce que Lonicera pallassi Ledeb.

Lonicera venulosa Maxim.

L'espèce se trouve à l'état spontané dans les régions de Primorsk et Chabarovsk.

Elle possède une croissance rapide, une mise à fruits rapide et une grande fertilité. Ses fruits sont sucrés et acidulés mais avec une amertume prononcée.

Lonicera emphyllocalyx Maxim. 

Présente sur les îles Kouriles.

Lonicera kamtchatica (Sevast.) Pojark.

L'espèce croît dans les lieux ouverts au Kamtchatka, dans le Magadan et sur l'île Sackhaline. 

C'est, avec Lonicera cærulea var. edulis, la seule espèce qui a percé sur le marché hors de Russie et c'est la seule pour laquelle on trouve plusieurs cultivars commercialisés.

Elle a été utilisée comme base du matériel de sélection génétique parce qu'elle produit d'assez gros fruits, à arôme prononcé, acidulés, sans amertume et de bonne conservation.

Ce sont les raisons pour lesquelles nous lui consacrons un développement particulier.

 

LE CAMERISIER DU KAMTCHATCA
Lonicera kamtchatica
(Sevast.) Pojark.

 

ll faut souligner que cette espèce est souvent écrite, à tort, kamtschatika, dans les catalogues des pépiniéristes et dans certains articles.

Il s'agit vraisemblablement d'une erreur de transcription initiale qui s'est répandue dans le circuit commercial au fur et à mesure de la diffusion grandissante de cette plante fruitière, longtemps totalement inconnue par les pépiniéristes et les particuliers d'Europe occidentale et des Etat-Unis.   

Caractéristiques

Buisson aux branches épaisses et de croissance rapide. Il atteint une hauteur de 0,80 m à 2,50 m et une envergure de 1,20 m à 1,80 m selon les cultivars.

Ces derniers peuvent être érigés ou à port déployé et certains sont plus larges que hauts.

Il ne drageonne pas.

L'enracinement est relativement puissant, pouvant atteindre une profondeur de 80 cm.

Les feuilles sont opposées, ovales de 3 à 8 cm de long sur 1 à 3 cm de large. Elles sont vert glauque et possèdent une texture légèrement cireuse.

Lonicera kamtchatica : jeune plant

Lonicera kamtchatica : jeune plant

De petites fleurs hermaphrodites jaunes légèrement parfumées apparaissent en mars.

Lonicera kamtchatica : fleurs

Lonicera kamtchatica : fleurs 

Les fruits mûrissent dès la fin du mois de mai et font donc partie des tous premiers fruits de la saison.

Les fruits possèdent des formes diverses selon les variétés. La plupart ont une forme allongée d'environ 2 cm et de 0,6 cm de largeur. D'autres sont ovales ou piriformes.

Le poids moyen du fruit est de 1 g.

Lonicera kamtchatica : fruits

Lonicera kamtchatica : fruits

La peau des fruits est noirâtre, avec une apparence bleue cireuse.

Lonicera kamtchatica : fruits (gros plan)

Lonicera kamtchatica : fruits (gros plan)

Les fleurs sont faiblement autofertiles ; il est donc recommandé de planter plusieurs variétés ensemble pour favoriser une bonne fructification.

La pollinisation est entomophile.

Rusticité

Les clones russes de Lonicera kamtchatica sont parfaitement adaptés au froid et supportent des températures de -50°C.

Les fleurs peuvent résister à des gels de -7°C d'après les essais en laboratoire menés à l'université du Saskatchewan.

Les jeunes pousses en cours de végétation peuvent résister à des températures de -18°C.  

Sol et besoins en eau  

Préfère des sols à tendance légèrement acide. Il a été cependant planté avec succès au Canada sur des sols calcaires (pH 8). Mais cela semble être le maximum tolérable. L'idéal semble être un pH compris entre 5 et 7.

Par contre, il craint la salinité (attention au sel de déneigement et aux embruns du littoral).

Il semble être adapté à une large texture de sol, allant des sols sableux aux sols argileux. Il préfère cependant les sols riches en matière organique, modérément drainés et assez profonds, qui restent frais l'été. Il redoute les sols superficiels et secs.

Les besoins en eau sont importants à l'installation des plants. Les clones sont modérément tolérants à la sécheresse.  

Exposition 

Tolérant à l'ombre.

Néanmoins, pour une bonne fructification, une exposition en plein soleil est préférable dans le Nord et une exposition mi-ombragée lui convient mieux dans les régions où l'ensoleillement est important.

Plantation  

Les plants sont sensibles à la transplantation. Il est préférable de planter des plants élevés en conteneur à l'automne ou au début du printemps.

La terre doit être bien travaillée et enrichie en matière organique (compost). Le trou de plantation doit faire 40 x 40 cm.

Le paillage est indispensable dans les régions chaudes et sèches. Le sol ne doit pas se dessécher. Un paillage de broyat de branches (BRF) appliqué sur 3 à 5 cm d'épaisseur est idéal.

Les plants peuvent être plantés à 1-1,50 m sur le rang et à 2,5-3 m entre les rangs.

Prévoir plusieurs variétés pour augmenter la production de fruits.

Taille

Le camérisier du Kamtchtka fructifie sur les pousses de deux ans.

Il n'y a pas de taille de fructification au sens strict.

On se contentera d'assurer une taille de formation assez claire. Sélectionner entre 5 à 7 branches maîtresses par pied. Le centre de l'arbuste doit être aéré.

Ravageurs et maladies

L'espèce est peu sensible. Aucune maladie n'a été observée dans les essais au champ menés au Canada.

Toutefois les oiseaux semblent apprécier les fruits.

Rendement

Il commence à fructifier abondamment après 3 ans de culture.

Les russes rapportent un rendement de 1,5 à 3,5 kg de fruits par arbuste. Au Canada, on note un rendement moyen de 4 kg par pied. Les clones japonais ont des rendements plus faibles (1 kg par pied).

Le fruit

Le fruit peut être consommé frais (selon les variétés), mais c'est pour la transformation qu'il donne les meilleurs résultats.

En effet, on peut l'utiliser facilement pour la fabrication de confitures, gelées, tartes, gâteaux, jus de fruits, yaourts...

En raison de la stabilité de ses pigments, il est également utilisé comme colorant alimentaire en Asie.

Le fruit cuit prend une couleur rouge acajou.

Le goût du fruit est variable selon les clones, allant du sucré-aigre au sucré acidulé ou amer. Certains le compare à tort au goût de la myrtille.

Les variétés au goût plutôt aigre sont meilleures en cuisine alors que celles au goût plus doux sont meilleures fraîches.

On peut trouver une certaine amertume chez certaines variétés lorsque le fruit n'est pas assez mûr.

Pour certaines sélections récentes, les obtenteurs ont réussi à supprimer totalement l'amertume des fruits.

En tout état de cause, l'amertume disparaît complètement à la cuisson.

Le fruit possède des teneurs très élevées en vitamine C et en polyphénols, ce qui lui confère des propriétés antioxydantes. L'industrie s'intéresse à ses propriétés nutraceutiques.

Les analyses montrent une teneur élevée en anthocyanidines (116-339 mg/100 g) et en acides phénoliques (427-1142 mg d'acide gallique par 100 g). Il en est de même pour les flavones et flavonoïdes (70 mg/100 g).

La composition en nutriments et en vitamines du fruit est la suivante :

Sucres : 6-8%

Calcium : 38,4 mg/100 g

Potassium : 30-50 mg/100g

Fer : 0,61 mg/100 g

Vitamine A : 0,05-0,32 mg/100 g

Vitamine B1 : 2,8-3,8 mg/100 g

Vitamine B2 : 2,5-3,8 mg/100 g

Vitamine B9 : 7-10 mg/100 g

Vitamine C : 40-70 mg/100 g

Vitamine E (alpha-tocophérol) : 1,07 mg/100 g

Fibres : 2,15 g/100 g

Les propriétés médicinales des baies du chèvrefeuille comestible sont connues depuis longtemps dans la médecine populaire pour lutter contre les troubles vasculaires et l'hypertension, ainsi que pour les troubles gastriques.

Variétés

Parmi les cultivars russes disponibles en Amérique du Nord, citons en premier lieu un ancien clone dénommé 'Georges Bugnet'. Il s'agit d'un camérisier érigé et très dense, ce qui le rend approprié à la formation de haies. Son feuillage est vert pâle. Il produit des fruits bleus surtout intéressants en confiture.

Mais l'essentiel des cultivars disponibles est constitué par les sélections de la pépinière "Northwoods Nursery" (Oregon).  

En effet, Jim Guilbert, propriétaire de cette pépinière de vente en gros qui exporte hors des USA, ainsi que de la pépinière "One Green World", sa succursale de vente aux particuliers qui n'exporte pas hors des USA, a tissé de longue date des liens privilégiés avec les stations de recherche et les jardins botaniques russes.

Il conclut ainsi avec ceux-ci des accords commerciaux qui lui permettent de breveter (le brevet sur le vivant existe aux Etats-Unis, contrairement à l'Union Européenne...) des cultivars d'espèces appartenant à différents genres et de leur donner en outre une dénomination américaine déposée, utilisée pour les commercialiser.

En ce qui concerne Lonicera kamtchatica, la pépinière "Northwoods" diffuse :

Berry Blue™' (cultivar 'Czech n°17'). C'est le plus vigoureux des cultivars commercialisés. Buisson très érigé pouvant atteindre 2,5 m de haut. Très productif. Grosses baies.

Blue Bird™' (cultivar 'Synaya Ptistsa'). Variété russe ancienne. Buisson érigé pouvant atteindre 1,80 m de haut. Productif. Baies de forme allongée, de couleur bleu très foncé.  

'Blue Belle™' (cultivar 'Tomischka'). Buisson à port déployé, aussi large que haut. Moyennement vigoureux (1,20 à 1,50 m). Productif. Baies bleu profond. Aurait les meilleures propriétés organoleptiques de tous les cultivars testés.

'Blue Velvet™' (cultivar 'Kiev n°8'). Buisson se densifiant en largeur (entre 1,50 et 1,80 m pour seulement de 0,90 à 1,20 m de hauteur). Se caractérise par un feuillage attractif vert grisâtre très tomenteux, à aspect de velours. Produit de très grosses baies.

'Blue Moon™' (cultivar 'Sergei'). Très beau buisson à port large présentant un feuillage vert brillant, aux feuilles souples et tomenteuses. Porte de grosses baies.

En Europe, on peut trouver les cultivars 'Mailon™' et 'Maistar™', commercialisés par la pépinière suisse "Häberli", qui les diffuse aussi auprès de pépinières ou distributeurs d'autres pays européens dont la France.

Un autre cultivar figure sur certains catalogues : 'Amur', pour lequel nous n'avons pas trouvé l'origine exacte mais dont le nom laisse supposer qu'il s'agit d'une obtention russe. 

Depuis quelques années, certaines pépinières européennes importent des plants des cultivars proposés par "Northwoods Nursery".

Mais l'offre n'est pas constante d'une année à l'autre car d'une part les importations ne s'effectuent pas tous les ans et d'autre part les cultivars commandés varient selon l'année.

En outre, très rares sont les pépinières européennes qui multiplient ces cultivars, moyennant paiement de royalties à "Northwoods Nursery".

 

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