Rosa rugosa 'Juliette'
Un rosier à très gros fruits

Auteur : Charles Gratien
 

  

Article publié en 2008
Crédit photographies : Charles Gratien
Tous droits réservés
 

J'ai toujours été fasciné par les rosiers à gros fruits.

Outre l'aspect ornemental des fruits succédant à la floraison, je puis tirer parti de leur chair importante pour confectionner des confitures, mais aussi pour consommer celle-ci crue, ce qui déclenche inévitablement la surprise de ceux qui me regardent faire...

Les fruits de tous les rosiers sont en effet comestibles crus. Naturellement, il faut consommer des fruits mûrs, c'est à dire ayant perdu leur fermeté.

Je n'échapperai pas à la règle en précisant que ce qui est appelé usuellement "fruit" est en fait le conceptacle de la fleur qui est devenu charnu. Les fruits, au sens botanique, étant les akènes pourvus de poils situés à l'intérieur, appelés usuellement "graines" et qui contiennent les graines au sens botanique.

On désigne également le conceptacle floral devenu charnu par le terme "cynorrhodon". Le cynorrhodon a aussi désigné un rosier, plus précisément l'églantier (Rosa canina L.), avant de désigner le conceptacle floral devenu charnu du rosier, que le grand public appelle le fruit.

Ceci précisé, pour des raisons pratiques, j'utiliserai indifféremment les termes "fruit" et "cynorrhodon" comme des synonymes, selon le contexte...

Compte tenu que l'on ne consomme que la paroi du cynorrhodon, qui est creux et qui contient de nombreuses "graines" (akènes), il vaut mieux rechercher les espèces et variétés qui produisent les plus gros cynorrhodons.

L'espèce Rosa rugosa Thunb. figure parmi celles-là et j'ai testé différents cultivars.

Celui qui produit les plus gros fruits, à paroi épaisse de surcroît, est une sélection personnelle dont j'ai prélevé des rejets dans le jardin d'une personne de ma famille, qui en ignore l'identité et l'origine.

Il pourrait s'agir selon moi d'un individu de semis qui se distingue par la grosseur particulière de ses fruits...

Je lui ai attribué le nom de cultivar 'Juliette', prénom de la personne chez qui j'ai prélevé les rejets. Vous ne trouverez donc pas chez les rosiéristes ou les pépiniéristes le Rosa rugosa 'Juliette'.

C'est un arbuste vigoureux, à tiges fortes, couvertes de petites épines. Ce rosier tient bien en touffe. Il drageonne à distance, mais faiblement.

Il accepte les sols pauvres et résiste bien à la sécheresse.

Il a supporté -12°C sans dégâts chez moi, mais il résiste certainement à des gelées plus sévères. 

Rosa rugosa 'Juliette' : touffe bien établie

Rosa rugosa 'Juliette' : touffe bien établie

Ses fleurs sont grandes (10 cm de diamètre), simples, de couleur rose et non parfumées.

Elles se développent en groupes mais s’ouvrent d’une manière échelonnée sur la période de juin et juillet.

Rosa rugosa 'Juliette' : fleur

Rosa rugosa 'Juliette' : fleur

Rosa rugosa 'Juliette' produit de très gros fruits (4 cm de diamètre), aplatis du côté du pédoncule.

Rosa rugosa 'Juliette' : cynorrhodons non mûrs

Rosa rugosa 'Juliette' : cynorrhodons non mûrs

 

Rosa rugosa  'Juliette' : fructification

Rosa rugosa 'Juliette' : fructification

La peau des fruits est fine et leur paroi est épaisse.

Rosa rugosa 'Juliette' : cynorrhodon sur table

Rosa rugosa 'Juliette' : cynorrhodon sur table

 

Rosa rugosa 'Juliette' : cynorrhodon sur table

Rosa rugosa 'Juliette' : cynorrhodon coupé en deux
(noter l'épaisseur de la paroi externe)

Pour la consommation du cynorrhodon cru, il faut avoir à l'esprit que la partie comestible est la paroi externe.

Il faut tout d'abord trancher horizontalement le sommet du cynorrhodon pour éliminer le reste du calice et des étamines.

Il faut ensuite couper le cynorrhodon en deux dans le sens de la longueur et, avec la pointe du couteau, le vider. L'intérieur, qui est creux, contient des akènes pourvus de poils (appelés familièrement "graines", les vraies graines étant à l'intérieur des akènes). On trouve aussi, au-dessus des akènes, le reste des styles et des stigmates.

Une fois l'intérieur vidé de son contenu, il faut éliminer sur chacune des deux moitiés du cynorrhodon le point d'attache du pédoncule, de texture grossière, en le découpant avec la pointe du couteau. Je préfère cette technique plutôt que celle qui consiste à trancher horizontalement le pôle du point d'attache du pédoncule lorsque le cynorrhodon est encore entier. Cette dernière fait perdre de la chair comestible.

Le cynorrhodon est réduit à deux moitiés vides en forme de demi-barils.

En campagne ou au jardin, on raclera légèrement, mais méticuleusement, la surface interne avec la pointe du couteau pour éliminer toute trace de poils.

En cuisine, on peut terminer le nettoyage de l'intérieur du cynorrhodon dans l'eau, en grattant avec les doigts.

Dans le cas de Rosa rugosa 'Juliette', la peau étant fine, on peut la conserver. Pour les cultivars à peau épaisse, il vaut mieux peler les demi-cynorrhodons vides.

La chair du fruit n'a pas une saveur marquée mais son goût rappelle celui de la pomme.

Il faut cueillir les fruits rapidement car ils ne tiennent pas longtemps une fois mûrs.

Rosa rugosa 'Juliette' présente un inconvénient si l'on souhaite réaliser des confitures : le mûrissement étant échelonné sur la période de juillet et août, il est difficile d’avoir une quantité suffisante de fruits mûrs à point au même moment.

La solution est d’effectuer une cueillette tous les deux ou trois jours et de congeler les fruits mûrs au fur et à mesure. L'intégration de plusieurs sujets dans une haie fruitière permet également d'augmenter le nombre de fruits mûrs simultanément.

 

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