Les fruitiers rares
 
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Article publié en 2005
Enrichi en 2014 et 2020
Auteur : François DROUET
Photographies : François DROUET
Tous droits réservés

 

 

Essai de culture du Goyavier de Cattley

 

 

 

Le Goyavier de Cattlley (Psidium cattleianum Sabine), qui produit des fruits rouges, et sa variété à fruits jaunes (Psidium cattleianum var. lucidum Hort.) appartiennent à la famille des Myrtaceae et sont originaires du Brésil.

On trouve actuellement le plus souvent l'orthographe cattleianum. Mais l'écriture cattleyanum, qui rappelle mieux la référence à William Cattley (1788 - 1835), collectionneur de plantes anglais célèbre à son époque, a été très utilisée et est acceptée selon la norme ICN de Melbourne Art. 60.7 et Ex.17.

En France, les personnes qui connaissent Psidium cattleianum Sab. le désignent souvent par le nom de Goyavier de Cattley, mais on rencontre aussi les noms de Goyavier Fraise et Goyavier de Chine (qui me paraissent fantaisistes...).

Psidium cattleianum Sab. : feuilles et fruits (espèce type)

Psidium cattleianum Sab. : feuilles et fruits (espèce type)

La variété à fruits jaunes n'a pas de nom français. Pour la désigner, on entend souvent : Goyavier de Cattley à fruits jaunes ou Goyavier Fraise à fruits jaunes.

Psidium cattleianum var. lucidum Hort. : feuilles et fruits

Psidium cattleianum var. lucidum Hort. : feuilles et fruits

Cette variété a été décrite initialement sous le nom latin de Psidium littorale Raddi et a été longtemps considérée comme une espèce à part entière. 

De nos jours, il est admis que l'antériorité de publication doit être attribuée à Psidium cattleianum Sabine ; Psidium littorale Raddi est cité comme un simple synonyme de Psidium cattleianum Sabine dans l'ensemble des bases de données taxonomiques de référence.

J'ai traité dans un autre article l'historique et la préséance des dénominations latines relatives au Goyavier de Cattley et à sa variété à fruits jaunes.

Il ne faut pas confondre le Goyavier de Cattley (et surtout sa variété à fruits jaunes) avec le Goyavier vrai (Psidium gujava L.), espèce tropicale beaucoup moins rustique qui produit de gros fruits jaunes. Ce sont les fruits de Psidium gujava L. que l'on trouve sur les étals sous le nom de goyave.

Par curiosité, j'ai introduit un sujet de cette espèce en champ et je l'ai perdu dès la première nuit où les -3 °C ont été atteints, malgré la protection contre le mistral d'une haie d'Elæagnus x ebbingei Door. haute de 2,50 m...

Il y a une trentaine d'années, j'ai pu voir un bel exemplaire du Goyavier de Cattley de 2 m de haut dans les serres d'un pépiniériste du littoral méditerranéen. A l'époque, on le trouvait bien plus difficilement qu'aujourd'hui...

Je trouvais cette espèce ornementale par ses petites feuilles coriaces persistantes et j'avais été agréablement surpris par la saveur des fruits rouges.

C'est tout à fait par hasard que quelques années après j'ai pu observer un spécimen à fruits jaunes, qui m'a étonné et dont le fruit m'a également convaincu.

Fasciné par le caractère exotique de ces deux plantes fruitières, je m'étais promis de les cultiver dès que j'en aurais la possibilité.

Bien des années plus tard, lors de l'établissement de mon jardin botanique dans la région de Toulon, c'est tout naturellement que le Goyavier de Cattley et sa variété à fruits jaunes se sont imposés parmi les premiers fruitiers rares à introduire dans mes collections.

Mais avais-je une chance de les maintenir en pleine terre et sans protection en climat de type USDA 9a, qui est celui de ma région ?

Après consultation de la littérature, j'ai déduit que leur rusticité pourrait être de -5 °C à -7 °C.

Ce sont les températures hivernales limites que je constate dans la plaine littorale ventée mais très ensoleillée où se situent mes plantations, qui bénéficient en outre d'arrière-saisons longues et douces.

Je décidai alors d'essayer la culture du Goyavier de Cattley et de sa variété à fruits jaunes.

Je rapporte mon expérimentation selon le plan suivant : conditions du test, observations de rusticité, observations de croissance, fructification, conclusion.

 

CONDITIONS DU TEST

 

Pour pouvoir en évaluer la rusticité, quatre groupes de deux sujets (un de l'espèce type et un de la variété à fruits jaunes, placés à proximité l'un de l'autre), ont été répartis en divers points de mon jardin botanique, sans aucune protection artificielle.

A la plantation, les sujets constituaient des arbrisseaux buissonnants de 0,60 m à 0,80 m de haut.

Afin de couper quand même l'effet du mistral, qui peut être particulièrement violent, j'ai disposé les groupes de deux plants à l'abri de végétaux plus grands.

Selon les endroits du jardin botanique, il s'agissait d'une haie périphérique constituée de sujets d'Elæagnus x ebbingei Door. de 2,50 m de haut, d'une large touffe de laurier-sauce (Laurus nobilis L.) ou d'une haie intérieure de fruitiers sauvages.

Tous les sujets ont été solidement tuteurés.

Psidium cattleianum Sab. : jeune sujet

Psidium cattleianum Sab. : jeune sujet

 

Psidium cattleyanum var. lucidum Hort. : jeune sujet en fruits

Psidium cattleyanum var. lucidum Hort. : jeune sujet en fruits

J'ai placé un thermomètre mini/maxi en métal à environ 1 m de chaque groupe, maintenu par du fil de fer fin à une hauteur de 50 cm sur un piquet d'acier recouvert de plastique vert, vendu comme tuteur en jardinerie.

C'est donc la température ressentie, et non la température sous abri, que j'ai relevée.

L'essai de culture a duré dix ans (avril 1995 - novembre 2005).

 

OBSERVATIONS DE RUSTICITE

 

Pendant dix années consécutives, la totalité des sujets a résisté à des températures hivernales extrêmes de l'ordre de -5 °C et à des pointes en fin de nuit de -7 °C (de courte durée), survenues pendant trois hivers (une à deux fois par hiver).

Les années où la température de -7 °C a été atteinte, la défoliation a été importante ou quasi totale selon les sujets, mais la floraison et la fructification ont pu avoir lieu, de façon plus ou moins marquée selon les sujets. 

Psidium cattleyanum var. lucidum Hort. : jeune sujet avec fruits non mûrs

Psidium cattleyanum var. lucidum Hort. : jeune sujet avec fruits non mûrs

Il faut noter par ailleurs que lorsque la température atteint quelques degrés négatifs, le feuillage rougit et une défoliation partielle peut être observée. Le reverdissement et la repousse des feuilles s'effectuent assez rapidement au printemps qui suit. La floraison et la fructification ne sont pas affectées.

La variété à fruits jaunes m'est apparue légèrement plus rustique que l'espèce type à fruits rouges. En effet, j'ai remarqué que ses feuilles commencent à rougir à des températures plus basses que celles qui provoquent le rougissement des feuilles de l'espèce type à fruits rouges.

Ceci peut paraître surprenant car ce sont ses fruits, jaunes et généralement plus gros que ceux de l'espèce type, qui se rapprochent le plus de ceux du Goyavier vrai (Psidium guajava L.). 

Au cours de l'hiver 2005, deux pointes sévères de froid (-9 °C ou -10 °C, selon les parcelles) ont été exceptionnellement enregistrées, l'une fin février et l'autre début mars.

Tous les exemplaires (sauf un) de l'espèce type et de la variété à fruits jaunes ont été rabattus au sol.

Ils sont tous repartis vigoureusement de souche, dès le printemps.

Un sujet de l'espèce type à fruits rouges, bien protégé du mistral par une touffe de laurier-sauce (Laurus nobilis L.) de 5 m de largeur, n'a subi qu'une défoliation totale, accompagnée de dégâts de rameaux (charpentières intactes).

La repousse des feuilles et de nouveaux rameaux s'est effectuée normalement au printemps. Mais, comme les sujets rabattus au sol, il n'a pas fleuri, donc pas fructifié, l'année concernée.

Un amateur de fruitiers m'a rapporté une observation intéressante, relative à la même période : le 1er et le 2 mars 2005, dans son jardin de Cotignac, dans le Haut-Var, 200 m d'altitude, deux jeunes sujets (l'un de l'espèce type à fruits rouges et l'autre de sa variété à fruits jaunes) ont subi des chutes nocturnes de température à -12 °C. Les températures ont été négatives de 18 h la veille à 10 h le matin, les deux fois.

Les deux sujets ont été rabattus au sol, mais sont repartis de souche courant avril, toutefois avec une vigueur moyenne. Ils n'ont pas fleuri, donc n'ont pas fructifié, dans la suite de l'année.

Cela confirme que Psidium cattleianum Sab. et sa variété à fruits jaunes sont parmi les plus rustiques des fruitiers subtropicaux que j'ai pu tester, devancés seulement par Eugenia guabiju O. Berg, qui n'a toutefois jamais fructifié dans les mêmes conditions de culture.

En ce qui concerne la variété à fruits jaunes, qui, nous l'avons vu, s'avère aussi rustique, sinon plus, que l'espèce type à fruits rouges, mes observations sont contradictoires avec des observations réalisées en Californie. Selon celles-ci, la forme à fruits jaunes s'est révélée moins résistante au froid que celle à fruits rouges.

Mes observations sont en revanche confortées par celles d'un pépiniériste de l'arrière-pays de Menton (où il fait beaucoup plus froid qu'à Menton même). Celui-ci a constaté de façon continue que la forme à fruits jaunes est plus rustique que celle à fruits rouges et il m'en a fait part lors d'une visite de mon jardin botanique.

En fait, je ne suis pas étonné de ces observations contradictoires. Il existe des types très différents (par le port de l'arbre, par sa hauteur, par la forme et la taille du fruit...) au sein de la variété à fruits jaunes.

Ils sont bien connus et bien décrits par les scientifiques brésiliens. Il se peut que certains types soient plus résistants au froid que d'autres (pour ma part, je n'en ai pratiqué qu'un).

De plus, les conditions de froid d'une région à l'autre ne sont jamais vraiment comparables.

 

OBSERVATIONS DE CROISSANCE

 

J'ai observé une croissance très lente de l'ensemble des sujets dans les conditions de culture précitées.

Au terme des dix ans, aucun d'entre eux n'avait dépassé 1,50 m de haut, s'étant développés surtout en largeur.

Psidium cattleianum Sab. : croissance en largeur ; fructification en cours de développement

Psidium cattleianum Sab. : croissance en largeur ; fructification en cours de développement

Psidium cattleianum Sab. constitue parfois un arbuste de 7 à 8 m de haut dans ses contrées d'origine du Brésil et dans des régions tropicales qui lui sont favorables. Des photographies attestent une taille de plusieurs mètres, telle celle présentée ci-après, prise à Hawaï. Cela est vraiment étonnant pour qui connaît le développement modeste de l'espèce sur notre littoral méditerranéen...

Psidium cattleianum Sab. : spécimen âgé (Hawaï)

Psidium cattleianum Sab. (Goyavier de Cattley) : spécimen âgé (Hawaï)
Crédit : Forest & Kim STARR

Quelques précisions relatives aux conditions de croissance (autres que climatiques) des plants.

Mon terrain est un limon argilo-sableux très profond de pH 7,4.

Les sujets ont été plantés dans un vaste trou empli d’un mélange moitié terre moitié terreau et l’amendement n’a pas été renouvelé ensuite.

Et je n’ai réalisé aucun apport d’engrais, ni initialement, ni pendant les années de culture.

J'ai fourni à tous les plants un bon arrosage une fois tous les quinze jours, du printemps à la fin de la fructification (sauf épisodes pluvieux).

J'ai pu constater par des tests sur un plant qu’une irrigation goutte à goutte fournissant un apport d’eau plus important a une incidence favorable sur la grosseur des fruits.

FRUCTIFICATION

 

Malgré leur faible croissance, tous mes sujets ont régulièrement fructifié de façon satisfaisante (sauf l'année 2005, au début de laquelle ils ont enduré des froids exceptionnels).

Goyavier de Cattley : fruits (espèce type)

Goyavier de Cattley : fruits (espèce type)

 

Goyavier de Cattley (variété à fruits jaunes)

Goyavier de Cattley (variété à fruits jaunes)

Je rapporte en détails dans un autre article mes observations de fructification du Goyavier de Cattley et mon expérience de la consommation de ses fruits.

 

CONCLUSION

 

Mon essai de culture a confirmé l'intérêt ornemental et fruitier de Psidium cattleianum Sabine et de sa variété à fruits jaunes et a permis de constater une rusticité un peu plus importante que ne le laisse présumer la littérature.

Mais il a montré les limites de la culture en champ venteux dès que l'on enregistre des pointes de froid dépassant les -7 °C, même sur de courtes durées.

Fidèle à mon adage "C'est en plantant des fruitiers rares que l'on devient planteur de fruitiers rares", j'invite vivement à tenter la culture de ce fruitier subtropical attachant.

On tirera un avantage certain à conduire le Goyavier de Cattley en une touffe plantée à 1 mètre devant un mur bien exposé, au sud de préférence. En veillant à ce que la touffe soit abritée des vents dominants.

La plantation de deux pieds dans le même trou (espacés de 40 cm), un de l'espèce type à fruits rouges et l'autre de la variété à fruits jaunes, engendrera une touffe mixte dont les branches s'entremêleront.

La production fruitière sera maximisée par interpollinisation et la diversité de couleur des fruits augmentera le plaisir de culture.
 

Psidium cattleianum Sab. : touffe mixte (fruits rouges et jaunes), à l'angle de deux murs

Psidium cattleianum Sab. : touffe mixte (fruits rouges et jaunes), à l'angle de deux murs

 

 

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