Le curieux plaqueminier à fruits verts

Auteur : Robert PÉLISSIER
avec la contribution de François DROUET

 

 

Article publié en 2014 - modifié en 2015
Crédit photographies : Robert Pélissier / François Drouet
Tous droits réservés
 

Il y a une dizaine d'années, alors que j'exerçais encore mon activité de pépiniériste, un de mes correspondants résidant dans la région de Salon-de-Provence me fit part de l'existence d'un "Kaki à fruits verts" à proximité de chez lui.

Des fruits verts à maturité ? Je fus très intrigué car au cours de ma carrière je m'étais particulièrement intéressé aux fruitiers méditerranéens et subtropicaux et je n'avais rencontré que des Kakis à fruits de couleur orange ou rougeâtre à maturité.

Mais, ce correspondant étant sérieux, je lui demandai quelques informations complémentaires et surtout la possibilité d'obtenir des greffons de ce mystérieux Kaki. Peut-être s'agissait-il d'une autre espèce de plaqueminier (Diospyros) que le Kaki ?

Ce ne dut pas être aussi facile que je le pensais, car cela prit du temps ; mais je pus obtenir quelques greffons.

Je ne me souviens plus du taux de réussite des greffes, mais il fut faible et les scions étaient petits...

J'ai planté directement mon arbre en pleine terre, et, au cours des hivers suivants, j'ai constaté des pertes de rameaux dues au froid, les dégâts étant d'autant plus importants que le végétal était affaibli.

Je me suis demandé si ce plaqueminier n'était pas de rusticité limite par rapport à mon climat, mais le pied-mère se trouvant à proximité de Salon-de-Provence, cela aurait été surprenant qu'il résiste moins bien sous mon climat à Aubagne. A moins que le pied-mère n'ait bénéficié d'une protection particulière qui m'était inconnue...

Le démarrage a été difficile et l'arbre a faiblement poussé les premières années. Je me suis interrogé sur la compatibilité avec le porte-greffe, qui est un Diospyros lotus. J'ai vérifié le point de greffe chaque année. L'affinité avec le porte-greffe m'a paru satisfaisante, du moins au niveau des décollements/cassures que l'on observe parfois.

Après un  hiver doux au cours duquel il n'a pas perdu de bois, il a vigoureusement poussé : beaux rameaux sur les branches principales et même une pousse de 1,30 m près du point de greffe.

Et ainsi, au bout de six ans, mon arbre faisait 2,60 m de haut.

Diospyros Roxburghii (Plaqueminier à fruits verts) : arbre de 6 ans, silhouette d'hiver

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : silhouette d'hiver d'un arbre de 6 ans, faisant 2,60 m de haut
(il reste deux fruits sur l'arbre)

 

ASPECT GENERAL

L'année suivante, l'arbre s'est significativement renforcé.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : aspect d'été d'un arbre de 7 ans

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : aspect d'été d'un arbre de 7 ans

 

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : feuillage d'un arbre de 7 ans

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : feuillage d'un arbre de 7 ans

Au-delà des difficultés de démarrage, ce plaqueminier me semble être de vigueur modérée. Je pense qu'il est 30% moins vigoureux que mes variétés standard de Kaki.

Sa vigueur est semblable à celle de Diospyros kaki 'Giant Fuyu' (faible vigueur pour un Kaki) ou de Diospyros virginiana 'Meader'.

L'écorce est blanchâtre, plus claire que celle d'un Kaki.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : tronc double d'un arbre greffé de 7 ans

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : tronc double d'un arbre greffé de 7 ans

J'ai constaté que le bois est assez sensible au vent, qui peut être assez fort dans ma région.

 

FEUILLAGE

Mais c'est le feuillage qui m'a vraiment surpris. Il est différent de celui du Kaki.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : feuillage de début d'été d'un arbre de 7 ans

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : feuillage de début d'été d'un arbre de 7 ans

 

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : feuillage de début d'été

 

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : feuillage en début de saison

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : feuillage en début de saison

Les feuilles sont pendantes, probablement en raison de leur poids, et donnent à l'arbre un aspect singulier.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : rameau en cours d'été

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : rameau en cours d'été

On dirait même que l'arbre souffre de déshydratation.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : jeune rameau en cours d'été

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : jeune rameau en cours d'été

La feuille est plus grande et plus allongée que celle du Kaki, mais beaucoup plus étroite par rapport à sa longueur. Sa forme générale est sub-lancéolée.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : feuilles en cours d'été

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : feuilles en cours d'été

 

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : jeunes feuilles

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : jeunes feuilles

 

Diospyros Roxburghii Carr. : feuilles en début de saison

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : feuilles en début de saison

Les feuilles les plus courantes sur l'arbre font environ 14 cm de long et 4 cm de large, mais les plus grandes atteignent 25 cm de long pour 8,5 cm de large.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : feuilles en fin de saison

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : feuilles en fin de saison
(les feuilles présentées sont les plus grandes de la saison ; réduire d'un tiers pour la feuille courante, à forme inchangée)

Leur texture est particulière : elles sont légèrement pubescentes, épaisses, d'un tissu mou, comme feutré.

Le Plaqueminier à fruits verts conserve ses feuilles plus longtemps que mes Kakis. La chute des feuilles intervient dix à vingt jours plus tard selon la variété considérée et à vigueur égale.

 

FLORAISON

Après son démarrage difficile, l'arbre a fleuri une première fois mais n'a pas fructifié.

L'année suivante, comme pour le feuillage, j'ai été surpris par la floraison.

Je précise tout d'abord que je n'ai trouvé que des fleurs femelles, mais mon observation ayant porté sur une dizaine de fleurs seulement (sujet  jeune et ayant été rabattu pour prélèvement de greffons), je n'exclus pas que l'arbre produise des fleurs mâles sur certains rameaux à l'avenir.

Les fleurs femelles que j'ai observées ont la structure générale des fleurs du genre Diospyros, mais elles sont différentes des fleurs femelles de Diospyros kaki.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : floraison femelle

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : floraison femelle
(les pétales de la fleur à gauche commencent juste à s'ouvrir)

 

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleurs femelles

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleurs femelles
(noter la villosité des sépales et des pétales)

 

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle dont les pétales commencent à s'ouvrir

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle dont les pétales commencent à s'ouvrir
(noter le port retombant)

De prime abord, avant tout examen détaillé de la fleur, on remarque deux caractéristiques générales : d'une part, les fleurs sont nettement plus petites que celles de Diospyros kaki (leur taille est de l'ordre de celle des fleurs de Diospyros virginiana). D'autre part, contrairement aux fleurs de Diospyros kaki, leur port est nettement pendant (le pédoncule est plus mince et un peu plus long que celui de la fleur de Diospyros kaki).

Voici, sur table, la comparaison des fleurs :

Fleur femelle du Plaqueminier à fruits verts, à gauche, et de Diospyros kaki, à droite

Fleur femelle du Plaqueminier à fruits verts, à gauche, et de Diospyros kaki, à droite

 

Fleur femelle du Plaqueminier à fruits verts, à gauche, et de Diospyros kaki, à droite

Fleur femelle du Plaqueminier à fruits verts, à gauche, et de Diospyros kaki, à droite

L'examen détaillé des fleurs du Plaqueminier à fruits verts montre qu'en sus de la taille et du port elles diffèrent de celles de Diospyros kaki par plusieurs caractères : sépales et pétales velus, sépales très étroits et roulés en forme de double cône, sépales s'insérant entre les pétales par la pointe, pétales fortement retournés. En outre, en enlevant les sépales et les pétales, on observe que l'ovaire est très velu, contrairement à celui de la fleur de Diospyros kaki qui est lisse.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle vue de dessous

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle vue de dessous
(la tache noire au milieu des extrémités des styles est un espace entre deux de celles-ci)

Comme chez Diospyros kaki, la corolle est quadrilobée (4 pétales soudés entre eux par la base) et il en va de même pour le calice (4 sépales soudés entre eux par la base). Je n'ai pas noté de fleurs à calice et corolle pentalobés (5 sépales et 5 pétales soudés), mais je n'exclus pas qu'il puisse en exister, comme c'est le cas, de façon minoritaire, chez les fleurs de Diospyros kaki.

Les sépales et les pétales sont velus. Les sépales sont étroits et repliés en double cône allongé. Leurs bords sont jointifs et, vus de dessous, ils apparaissent comme de simples pointes.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle
(noter la villosité des sépales et des pétales, ainsi que la forme des sépales)

 

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle, forme du sépale

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle, forme du sépale

Les sépales s'insèrent par la pointe entre les pétales. Ceux-ci sont fortement retournés.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleurs femelles

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleurs femelles
(noter l'insertion des sépales entres les pétales et les pétales fortement retournés)

Comme c'est le cas chez Diospyros kaki, j'ai noté la présence de deux bractées au niveau du pédoncule. Elles sont lancéolées et tombent avant que la fleur ne soit complètement éclose. J'ai pu en observé quelques unes, résiduelles et esseulées, sur certaines fleurs écloses.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle avec une bractée

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle avec une bractée résiduelle sur le pédoncule
(la deuxième bractée est tombée et on distingue une cicatrice sur le pédoncule )

Une cicatrice au niveau du pédoncule montre l'emplacement des bractées qui sont tombées (deux par fleur).

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle, cicatrice de la deuxième bractée

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle, cicatrice de la bractée qui est tombée

 

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle avec une bractée résiduelle sur le pédoncule

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle avec une bractée résiduelle sur le pédoncule

Je n'ai pas pu dénombrer les styles, qui doivent être multiples et soudés sur une partie de leur longueur. Ils sont libres au sommet et porteurs de stigmates que je n'ai pas non plus pu dénombrer.

 Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle (styles et stigmates)

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle (extrémités des styles et stigmates)

 

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : extrémités des styles et stigmates

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle (extrémités des styles et stigmates)

Comme chez Diospyros kaki, j'ai pu observer à l'intérieur de la corolle de la fleur femelle la présence de staminodes (étamines incomplètement développées et stériles).

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fleur femelle (staminodes autour des styles et stigmates)

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : staminodes autour des styles et stigmates (fleur femelle)

Les staminodes sont directement fixés sur le bas de la corolle.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : staminodes insérés à la base de la corolle

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : staminodes insérés à la base de la corolle (fleur femelle)

 

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : détail d'un staminode implanté à la base de la corolle

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : détail d'un staminode implanté à la base de la corolle (fleur femelle)

En enlevant la corolle et le calice, je constate que l'ovaire est velu, contrairement à celui de Diospyros kaki, qui est lisse. Il en est de même pour les styles.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : ovaire, styles et stigmates

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : ovaire, styles et stigmates (fleur femelle)
(les sépales et les pétales ont été enlevés ; noter que l'ovaire et les styles sont velus)

 

FRUCTIFICATION

Cette année, pour sa première fructification, mon plaqueminier à fruits verts a produit une quinzaine de fruits, ce qui est une bonne productivité compte tenu de sa taille.

J'ai constaté que la floraison est abondante et que beaucoup de fruits se forment, mais il se produit une importante chute de jeunes fruits en cours de développement ; toutefois pas plus que sur mes diverses variétés de Kaki.

La fructification est tardive et les fruits tiennent longtemps sur l'arbre. Ainsi, le 10 décembre, il restait deux fruits sur l'arbre et ils n'étaient pas complètement mûrs. Vers le 25 novembre, la majorité des fruits sur l'arbre n'étaient pas encore mûrs.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fructification tardive

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : la fructification est tardive
(le 10 décembre, il reste deux fruits sur l'arbre)

Le fruit est de taille moyenne à assez grosse, pour le fruit d'un plaqueminier (Diospyros). Plus grand que celui d'un Diospyros virginiana, mais plus petit que celui d'un gros fruit de Diospyros kaki. Le diamètre des fruits que j'ai récoltés variait entre 5 cm et 6,3 cm.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruits en cours de développement

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruits en cours de développement

Le fruit ressemble à un kaki, mais il est vert sombre, d'un vert différent de celui des kakis immatures.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruit  en cours de développement

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruit  en cours de développement

Sa forme est sphérique déprimée à légèrement oblongue.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruit  en cours de développement

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruit en cours de développement

Le fruit est duveteux, ce qui est un caractère distinctif par rapport au Kaki.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : le fruit est duveteux

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : le fruit est duveteux

Il semble que la face insolée du fruit en cours de maturation perde rapidement la plus grande partie de son duvet, contrairement aux autres parties du fruit.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : le fruit est presque glabre sur la face insolée

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : le fruit est presque glabre sur la face insolée, duveteux ailleurs

Plus généralement, la densité du duvet sur le fruit n'est pas uniforme. On observe des plaques presque glabres de différentes tailles.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : la densité de villosité du fruit n'est pas uniforme

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : la densité de villosité du fruit n'est pas uniforme

En fait, la villosité diminue au fur et à mesure de la croissance du fruit. Toutefois, elle ne disparaît pas totalement à maturité, quoique faible à ce stade.

Le calice reste assez largement plaqué sur le fruit, mais les sépales ne se déplient pas complètement. Ils conservent leurs bords relevés.

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruit en cours de développement (observer le calice)

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruit en cours de développement (observer le calice)

 

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : détail du calice sur le fruit en cours de développement

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : détail du calice sur le fruit en cours de développement

Le caractère spécifique du fruit est de rester vert à maturité. Il ne tourne pas à l'orange ou au rouge comme chez le Kaki.

A maturité complète, il devient vert jaunâtre et tire sur le roux. Il est parsemé de petites taches noires, souvent en forme de raies.

Diospyros Roxburghii (Plaqueminier à fruits verts) : fruits

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruits
(le fruit à gauche est à maturité, celui à droite pas encore)

 

Diospyros Roxburghii (Plaqueminier à fruits verts) : fruits avec vue de dessous

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruits avec vue de dessous
(le fruit à gauche est à maturité, celui à droite pas encore)

 

Diospyros Roxburghii (Plaqueminier à fruits verts) : fruits avec vue de dessus

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruits avec vue de dessus
(le fruit à gauche est à maturité, celui à droite pas encore)

La chair est jaune verdâtre, même à maturité, stade où elle fonce un peu. C'est une autre différence avec le Kaki.

On constate sur certains fruits que la columelle, au centre du fruit, est vide ou peu remplie. Je ne sais pas si cela constitue une caractéristique de l'espèce.

Diospyros Roxburghii (Plaqueminier à fruits verts) : intérieur du fruit mûr

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : intérieur du fruit mûr

A titre de comparaison pour la texture et la couleur, voici l'intérieur d'un kaki blet.

Diospyros kaki : intérieur d'un fruit blet

Diospyros kaki : intérieur d'un fruit blet

 

CONSOMMATION

Le fruit demande à être bien mûr pour être consommable. Sa chair étant plus consistante que celle d'un kaki, le fruit bien mûr reste plus ferme qu'un kaki blet.

En bouche, la chair est assez pâteuse. Sa consistance fait penser à un fruit tropical.

Le fruit est peu (voire pas) sucré mais doux, sans note acide. Le goût est assez étrange : un mélange de tomate et de pastèque à confiture... Le fond gustatif reste un peu amer et très légèrement astringent. Peut-être cela donne-t-il au fruit un cachet particulier convenant au goût des Chinois...

Le goût est très différent de celui d'un kaki, mais, bien qu'il ne soit pas désagréable, je lui préfère le goût du kaki. Je lui conserve toutefois la palme de l'originalité ...

Diospyros Roxburghii : fruits mûrs

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruits mûrs

J'ai remarqué une absence de pépins dans presque tous les fruits goûtés, avec, parfois, un ou deux pépins avortés. Ceci malgré la présence de nombreux sujets de Kaki à proximité.

Diospyros Roxburghii (Plaqueminier à fruits verts) : pépin et sa loge carpellaire

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : pépin et sa loge carpellaire
(en haut, reste du calice, en bas pépin dans la pulpe, au centre loge carpellaire)

 

INITIATIVE PARALLELE

Je ne me souviens pas si, parmi les rares scions que j'avais obtenus lors de la multiplication, j'en ai vendu ou donné, et, si oui, à qui.

Mais, j'ai découvert qu'une démarche parallèle à la mienne avait été suivie par des passionnés que je connais bien, sans, qu'étonnamment, nous ayons eu l'occasion d'en parler...

Ayant obtenu pour la première fois des fruits cette année, comme je l'ai indiqué, j'en ai fait part à François Drouet, passionné de fruitiers rares de la région de Toulon, à une quarantaine de kilomètres de chez moi.

A ma relative surprise, celui-ci m'a dit en avoir déjà goûté... En fait, il y a quelques années, Raphaël Colicci, détenteur de la collection nationale de Diospyros rustiques agréée par le CCVS, lui avait apporté quatre fruits en même temps qu'un jeune scion de Plaqueminier à fruits verts greffé de l'année.

François Drouet a ajouté qu'il avait immédiatement reconnu le fruit appelé figue caque, produit par un plaqueminier décrit en 1925 dans un article d'une revue de botanique appliquée par Louis Trabut, botaniste et médecin qui dirigeait le Service botanique d'Algérie (référence bibliographique complète fournie dans la seconde partie du présent article).

Non pas qu'il en ait eu la pratique, mais parce qu'il recherchait ce fruitier depuis plusieurs années après avoir appris son existence par l'article précité.

Il m'a aussi indiqué avoir perdu le jeune plant donné par Raphaël Colicci deux ans après sa plantation.

 

En conclusion de mon article, je souhaite une large diffusion au rarissime Plaqueminier à fruits verts, en raison de son originalité et de son intérêt.

La Pépinière du Gourmand va entreprendre une multiplication par greffe à partir des pousses vigoureuses de mon spécimen et l'inscrira prochainement à son catalogue.

La Pépinière du Bosc vient de le multiplier à partir de greffons prélevés sur le pied-mère de la région de Salon-de-Provence et le propose désormais à la vente.

 

CONTRIBUTION DE FRANÇOIS DROUET
(informations complémentaires et identification de l'espèce)

 

Observations complémentaires

J'ai longuement observé, puis photographié, avant de les consommer, les quatre fruits que m'avait apportés Raphaël Colicci il y a quelques années. Nous avons ajouté certaines de mes photographies à celles de Robert Pélissier, sans juger utile de les créditer individuellement.

Mes observations des fruits rejoignent celles de Robert Pélissier. Seule différence constatée : un des fruits que j'ai consommés contenait de nombreux pépins (photographie ci-dessous).

Diospyros Roxburghii (Plaqueminier à fruits verts) : fruit mûr en coupe transversale

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : fruit mûr en coupe transversale
 (noter les pépins disposés en cercle)

Les pépins sont assez gros et ont une forme de demi-lune. Un fruit peut en porter au maximum huit.

Diospyros Roxburghii (Plaqueminier à fruits verts) : pépins

Plaqueminier (Diospyros) à fruits verts : pépins

En ce qui concerne le goût du fruit, je le trouve très surprenant. Contrairement à Robert Pélissier, je n'arrive pas à en rattacher les nuances à des saveurs connues. Je ne puis que le qualifier de sui generis car, pour moi, il ne ressemble à nul autre. Il n'évoque pas du tout celui du kaki, auquel certains pourraient s'attendre.

 

Recueil d'informations complémentaires

Ayant perdu mon jeune scion au bout de deux ans, je ne dispose pas d'informations personnelles de culture. J'ai donc téléphoné à Raphaël Colicci pour recueillir ses observations.

Il m'a indiqué avoir récemment perdu son spécimen de Plaqueminier à fruits verts par dégâts de sangliers, comme cela a été le cas pour une partie de sa collection de Diospyros rustiques.

Il m'a également appris que Maurice Chaudière, le maître-greffeur créateur des forêts fruitières, avait reçu de sa part un scion greffé, à la même époque que moi.

Maurice Chaudière avait connaissance de la figue caque décrite par Louis Trabut et la recherchait lui aussi depuis des années. Mais il a perdu le jeune scion peu de temps après sa plantation, par dégâts de sangliers.

Raphaël Colicci m'a précisé qu'il avait prélevé ses greffons chez un agriculteur des Bouches-du-Rhône, originaire d'Afrique du Nord. Recoupement fait, il s'agit de la même source que celle du spécimen de Robert Pélissier...

Mais il m'a précisé qu'il existe deux pieds-mères, sans doute issus de semis car ils produisent des fruits de qualité différente. Le premier produit des fruits assez gros (5 à 6 cm de diamètre) et de bonne qualité gustative. D'après lui, c'est celui dont on a fourni des greffons à Robert Pélissier. Le second produit des fruits plus petits (3 à 4 cm de diamètre) et de moindre qualité gustative. Il n'a pas apprécié le goût des fruits de ce second pied-mère.

Je me suis alors remémoré avoir goûté des fruits de deux variétés différentes et avoir eu la même opinion défavorable que Raphaël Colicci pour les fruits plus petits de la seconde variété.

Raphaël Colicci a pu me fournir quelques observations de culture.

Son spécimen a eu du mal à démarrer, comme celui de Robert Pélissier, mais, selon lui, dans des conditions climatiques et de sol beaucoup plus défavorables.

L'arbre a en outre souffert du froid dans cette région de l'arrière-pays de Montpellier (pertes de rameaux gelés tous les ans).

Cette faible rusticité, comparée à celle du Kaki dont Raphaël Colicci cultive des dizaines de variétés, rejoint l'observation de Robert Pélissier et induit une interrogation sur la véritable rusticité du Plaqueminier à fruits verts.

Je pense que celle-ci reste à déterminer. L'hiver dernier a été doux et la présente année est la plus chaude depuis 1900... On ne peut donc pas se baser sur les deux dernières années pour juger de la rusticité de l'espèce.

Pour sa part, Louis Trabut a principalement observé l'espèce en Algérie et il la présente comme étant en limite de rusticité dans le Midi de la France.

L'année précédant sa disparition, le spécimen de Plaqueminier à fruits verts de Raphaël Colicci a quand même produit deux fruits.

J'ai interrogé Raphaël Colicci sur le goût des fruits. Outre les deux fruits de son arbre, il avait récolté beaucoup de fruits sur les deux pieds-mères lors de son opération de prélèvement de greffons.

Il ne sait pas vraiment définir le goût, si ce n’est un fort pouvoir évocateur des Tropiques. Comme Robert Pélissier, il a noté une trace d’amertume qui ne rend pas le fruit désagréable. Le goût du fruit du Plaqueminier à fruits verts est, selon lui, tout à fait différent du goût du kaki. En ce dernier constat, il rejoint Robert Pélissier et moi.

En ce qui concerne le nombre de pépins, Raphaël Colicci a fait la même observation que Robert Pélissier. Les fruits qu'il a consommés n'en contenaient pas, ou très peu.

 

Recueil d'autres informations

Après Raphaël Colicci, j'ai interrogé un passionné de fruits du sud du Vaucluse, qui détient une des plus importantes collections de fruitiers rares de France.

Il m'a indiqué avoir vu le Plaqueminier à fruits verts chez Robert Pélissier cet automne, alors que l'arbre était encore en feuilles et qu'il portait ses fruits duveteux immatures d'un vert sombre qui n'est pas le vert des kakis non mûrs. Il a été stupéfait à la vue de cet arbre singulier qui lui a fait penser à un Diospyros tropical inconnu...

Fortement intrigué, il a effectué des recherches intensives sur Internet.

Il n'a rien trouvé, sauf la présence du fruit (présenté comme une variété de kaki) sur un site chinois dont il n'a pas retenu l'adresse et la brève apparition du fruit dans une vidéo japonaise publiée sur Youtube et intitulée “The history of Persimmons”.

Dans la vidéo précitée, le fruit du Plaqueminier à fruits verts apparaît après 8 minutes et 8 secondes, pendant 4 secondes environ.

Ce passage de la vidéo concerne la visite d'un musée du Kaki. Il s'agit d'un plan panoramique d'un étal où de nombreuses variétés de kaki sont présentées avec une étiquette devant elles (indiquant sans doute le nom de la variété). Deux fruits vert sombre de grosse taille, de même aspect que ceux de Robert Pélissier, se voient nettement, avec leur étiquette d'identification. Ce sont les seuls qui ne soient pas de couleur jaune orangé ou orange.

On peut en déduire que le Plaqueminier à fruits verts, ou tout au moins une de ses variétés, est encore connu au Japon. Il y est vraisemblablement assimilé à une variété de Diospyros kaki. Si c'est le cas, à tort, selon moi. Mais, le mot "Kaki" semble, en japonais, désigner tous les Diospyros, s'assimilant ainsi au terme français "Plaqueminier".

 

Autres recherches

J'ai consulté les rubriques “Kaki” et “Autres plaqueminiers” de la Bourse aux greffons et je n’y ai pas trouvé le Plaqueminier à fruits verts.

J'ai effectué des recherches approfondies sur l'Internet français, anglais et italien et je n'ai trouvé aucune information (texte ou image) contemporaine, ni même datant de quelques décennies, concernant le Plaqueminier à fruits verts. Quelques tentatives sur l'Internet chinois et japonais sont également restées infructueuses.

Toutefois, en partant de l'article de Louis Trabut de 1925, par lequel j'avais initialement repéré le Plaqueminier à fruits verts sans savoir s'il existait toujours, j'ai pu trouver les versions numérisées de très intéressants textes du 19e siècle et de la première partie du 20e siècle, qui contribuent, selon moi, à l'identification du Plaqueminier à fruits verts. Ces textes sont en français, à l'exception de l'un d'entre eux qui est en anglais.

 

Identification de l'espèce

Dans un article intitulé Les Diospyros comestibles, Revue de botanique appliquée et d'agriculture coloniale, année 1925, Volume 5, Numéro 49, page 674, Louis Trabut (1853-1929), botaniste et médecin qui était alors directeur du Service botanique d'Algérie, donne une description détaillée d'un plaqueminier à fruits verts, sous le nom Diospyros sinensis, avec une photographie du fruit en noir et blanc.

J'ai fourni l'hyperlien vers la version numérisée de l'article, mais je crois utile de transcrire ci-après la description de Louis Trabut.

 

Description de Louis Trabut 

Diospyros sinensis

Diospyros sinensis Blume, Cat. Gewass. Buitenzorg . = D. kaki L. f. pro parte et différents auteurs. = D. Roxburghi Carrière, Rev. Hort. 1872. = Niou Sien Shitze (Chine).

Le Diospyros sinensis a été, jusque dans ces derniers temps, confondu par la plupart des auteurs avec le D. Kaki. Carrière l'a distingué et bien décrit dans la Revue Horticole et Naudin dans les Archives du Muséum, IIe série, tome troisième, 1880.

Cette confusion ne s'explique guère, car les deux espèces sont très nettement différentes tant au point de vue botanique qu'au point de vue de leurs caractères comme arbres fruitiers.

Le D. sinensis est beaucoup moins cultivé que le Kaki et est cantonné dans les parties méridionales de l'Asie.

Importé en France depuis longtemps, il s'est montré peu résistant au froid et peu fructifère, même dans le Midi. A Alger, il se comporte mieux, mais il est resté rare ; beaucoup de spécimens ont été greffés lors de l'introduction du Kaki chinois Costata.

Le Diospyros sinensis est un arbre peu élevé, arrondi et touffu ; le tronc est recouvert d'une écorce crevassée blanchâtre ; les feuilles, plus petites que celles du Kaki, sont lancéolées, mollement pubescentes.

La floraison est très abondante. Fleurs petites à pédoncule articulé, en cymes de 3-4 à l'aisselle des feuilles ou bractées, fleurs mâles très nombreuses avec 16-18 étamines en huit groupes de 2-3, insérées à la base de la corolle, ovaire abortif ; fleurs hermaphrodites peu nombreuses à 16 étamines et un ovaire velu.

Fruit sphérique ou légèrement oblong de 4 à 5 cm de diamètre, d'abord vert sombre, puis roux jaunâtre mat à maturité ; pulpe jaune foncé, fondante, très sucrée avec un parfum spécial et une astringence qui ne disparaît qu'à maturité complète, 8 loges avec une graine brune.

Diospyros sinensis - fruit (figue caque)

Fig. 14. — Diospyros sinensis.

Le D. sinensis est généralement reproduit de graines, rarement greffé. Le fruit, appelé figue caque, n'a pas eu beaucoup de succès jusqu'à ce jour. Il a été abandonné pour la plaquemine japonaise.

Les semis en Algérie ont produit un certain nombre de variétés qui mériteraient peut-être plus d'attention.

En général, le D. sinensis est peu productif malgré sa floraison abondante, aussi est-il resté un fruit d'amateur.

Les variétés :

Parc de Galland — Cette variété se trouve à Alger, au Parc de Galland. Elle y est représentée par de beaux arbres produisant des fruits gros et de bonne qualité.

Japon — Variété à petits fruits, importée du Japon par le Service botanique. Le fruit serait séché au Japon.

Boufarik — Fruit assez gros, oblong, de bonne qualité, obtenu dans un jardin du littoral et recueilli à la Station botanique.

On peut trouver d'autres variétés et il est à désirer que cette espèce soit mieux étudiée dans son pays d'origine par des explorateurs qui y distingueraient des formes améliorées par une culture ancienne.

Dans les régions assez chaudes pour l'acclimation de ce Diospyros, on peut obtenir des fruits qui peuvent supporter la comparaison avec les plaquemines aux couleurs brillantes.

Déjà, certains amateurs préfèrent la figue caque à la plaquemine.

La figue caque se conserve bien, elle mûrit plus tard et peut être consommée en hiver.

D'après une photographie de Fr. Meyer (Agricultural exploration of China - Bullet. 204 Bureau of plant industry), il semblerait qu'en Chine le D. sinensis est employé comme sujet (les troncs blancs sont très caractéristiques). Fr. Meyer indique ces arbres comme "grafted on white barked variety of Stock " (greffés sur des sujets à écorce blanche).

Dans les régions où les racines de D. Lotus sont envahies par l'Anguillule, il serait bon d'expérimenter le D. sinensis comme porte-greffe.

En Algérie, des sujets greffés depuis plus de quarante ans se comportent très bien.

Fin de la description de Louis Trabut

 

A la lecture de cette description, on reconnaît le Plaqueminier à fruits verts de Robert Pélissier.

La comparaison attentive de la description de Louis Trabut avec celle de Robert Pélissier fait apparaître six légères différences qui méritent des commentaires : taille des feuilles (pas leur forme), floraison mâle, présence de fleurs hermaphrodites, nuance de goût du fruit, rusticité, productivité.

Les feuilles sont dites "plus petites que celle du Kaki" par Louis Trabut, alors que Robert Pélissier observe des feuilles plus grandes que celles du Kaki, même si nettement plus étroites par rapport à leur longueur.

Nous verrons d'ailleurs dans la suite de l'article que Elie-Abel Carrière a décrit en 1872 un plaqueminier à fruits verts sous le nom de Diospyros Roxburghi(i), dont les feuilles sont plus grandes que celles de Diospyros kaki Thunb. tout en ayant une forme sub-lancéolée, comme c'est le cas pour les feuilles du spécimen de Robert Pélissier.

Concernant le goût du fruit, on note "pulpe... très sucrée" dans la description de Louis Trabut alors que Robert Pélissier trouve le fruit doux mais peu, voire pas, sucré. Tous deux s'accordent toutefois sur la caractéristique majeure du goût : "parfum très spécial" selon Louis Trabut et "assez étrange" selon Robert Pélissier.

Robert Pélissier ne pense pas que les deux différences précitées soient significatives et souligne que de nombreux facteurs influent sur la variabilité d'un sujet à l'autre (multiplication par semis, mais aussi climat, mode de culture, exposition, sol...).

La troisième différence est l'observation par Louis Trabut de nombreuses fleurs mâles alors que Robert Pélissier n'a trouvé que des fleurs femelles. Sur celles-ci, d'ailleurs, Robert Pélissier a observé un ovaire velu, comme l'a fait Louis Trabut.

Toutefois, l'observation des fleurs rapportée dans l'article a porté sur seulement une dizaine de fleurs, le spécimen de Robert Pélissier étant jeune et ayant en outre été rabattu pour prélèvement de greffons. Lorsque ce spécimen sera un arbre bien établi, il se peut qu'apparaissent des fleurs mâles sur certains rameaux.

Il peut aussi s'agir d'un individu dioïque ne portant que des fleurs femelles et ayant la faculté de produire des fruits sans fécondation (parthénocarpie), comme semble l'indiquer le fait que presque tous les  fruits récoltés par Robert Pélissier soient aspermes (sans graines).

La quatrième différence concerne aussi les fleurs : Louis Trabut observe des fleurs mâles et des fleurs hermaphrodites, pas des fleurs femelles avec présence de staminodes comme l'a observé Robert Pélissier. S'agit-il d'une simplification que le botaniste a introduite dans son article, ou s'agit-il vraiment de fleurs hermaphrodites avec des étamines fonctionnelles ?

En tout état de cause, un point à retenir pour les fleurs du Plaqueminier à fruits verts observées par Robert Pélissier est qu'elles sont différentes des fleurs de Diospyros kaki, ce qui va dans le sens d'une espèce différente de ce dernier, comme le soutient Louis Trabut.

La cinquième différence porte sur le manque de rusticité, qui paraît plus accentué dans la description de Louis Trabut que dans les observations de Robert Pélissier, confortées par l'existence de deux sujets à Salon-de-Provence (dans des conditions de protection inconnues, toutefois...).

Robert Pélissier fait remarquer que l'article de Louis Trabut date de 90 ans et que, depuis, le climat s'est réchauffé. De plus, on ne peut pas exclure l'existence, au sein de l'espèce, de souches plus ou moins résistantes au froid.

La dernière différence a trait à la productivité, faible selon Louis Trabut mais bonne selon les observations de Robert Pélissier.

Robert Pélissier et moi notons que Louis Trabut a présenté trois sélections de Diospyros sinensis obtenues en Algérie (Parc de Galland, Boufarik et Japon), avec des fruits de bonne qualité. Louis Trabut insiste aussi sur le potentiel d'amélioration des fruits de l'espèce par sélection.

D'autre part, il précise : "En général, le D. sinensis malgré sa floraison abondante est peu productif". La mention "En général" signifie que, dans certains cas (individus rares à sélectionner), il est productif.

Compte tenu de la qualité de ses fruits (taille, goût), le spécimen de Robert Pélissier ne peut être qu'une sélection. Sa bonne productivité n'est donc pas étonnante.

Pour ma part, je pense que, compte tenu de l'origine nord-africaine du propriétaire des deux pieds-mères de la région de Salon-de-Provence, il y a de bonnes probabilités que ces derniers (qui semblent avoir été obtenus de semis) soient issus de la sélection “Parc de Galland” d'Alger. Ces arbres étaient, en Algérie, les sélections les plus accessibles au grand public...

On peut d'ailleurs se mettre à rêver et espérer que certains des plaqueminiers aux fruits verts de 1925 existent encore aujourd'hui à Alger, dans le parc de la Liberté, nom actuel du parc de Galland qui n'a pas disparu... Ils y auraient été sauvegardés comme certains palmiers à la taille impressionnante que l'on peut observer sur des photographies actuelles du parc.

 

Descriptions du Plaqueminier à fruits verts postérieures à celle de Louis Trabut (1925)

Je n'en ai trouvé qu'une, publiée trois ans après, en 1928, par Désiré Bois (1856-1946), professeur de culture au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris.

Il fournit une description assez détaillée du Plaqueminier à fruits verts sous le nom Diospyros chinensis, sans illustration, dans Les plantes alimentaires chez tous les peuples et à travers les âges, vol. II : Phanérogames fruitières, Paris, Paul Lechevallier, 1928, page 430. Cet ouvrage a été réédité en 1996 par les Editions Rive Droite avec, en couverture, le titre Les Fruits et, à l'intérieur, le titre de 1928. A la date de rédaction du présent article, aucune des deux éditions du volume II, Les Panérogames fruitières, n'est disponible en version numérisée sur Internet.

En fait, la description de Désiré Bois reprend presque mot pour mot la description de Louis Trabut. Elle ne nous fournit aucune information supplémentaire. D'ailleurs, Désiré Bois n'indique pas qu'il cultive cette espèce au Muséum d'Histoire naturelle de Paris, comme il le fait par exemple pour Diospyros virginiana, décrite en page 432 du même ouvrage.

Désiré Bois cite également les sélections algériennes Parc de Galland, Boufarik et Japon, en se référant à Louis Trabut. Mais il commet une confusion en y ajoutant des cultivars de Diospyros virginiana (Early Golden, Hicks, Ruby, Bunier, Delmas, Kansa, Shoto, Smeech). Il donne pour référence Revue botanique appliquée, 1926, p. 545. En fait, il s'agit d'une page de la suite de l'article de Louis Trabut, consacrée à Diospyros virginiana et qui a été publiée une année après la partie de l'article consacrée à Diospyros kaki et Diospyros sinensis.

 

Descriptions du Plaqueminier à fruits verts antérieures à celle de Louis Trabut (1925)

Examinons les références fournies par Louis Trabut en tête de sa description de Diospyros sinensis :

"Diospyros sinensis Blume, Cat. Gewass. Buitenzorg . = D. kaki L. f. pro parte et différents auteurs. = D. Roxburghi Carrière, Rev. Hort. 1872. = Niou Sien Shitze (Chine). Le Diospyros sinensis a été, jusque dans ces derniers temps, confondu par la plupart des auteurs avec le D. Kaki. Carrière l'a distingué et bien décrit dans la Revue Horticole et Naudin dans les Archives du Muséum, IIe série, tome troisième, 1880."

 

La première appellation citée par Louis Trabut est Diospyros sinensis Blume. En fait, il s'agit de Diospyros chinensis Blume (avec "ch" et non "s", en tête du nom d'espèce).

En 1823, Carl Ludwig von Blume (1796-1862) identifie et nomme un Diospyros chinensis dans le catalogue du jardin botanique de Buitenzorg (aujourd'hui Bogor), à 60 kilomètres au sud de Jakarta (Indonésie), dont il était le directeur. Ce catalogue a été publié à Batavia (aujourd'hui Jakarta), capitale des Indes néerlandaises.

La référence complète de l'ouvrage est : Catalogus van eenige der merkwaardigste zoo in- als uitheemse gewassen, te vinden in 's Lands Plantentuin te Buitenzorg, opgemaakt door C. L. Blume, M.D., Directeur van voorz. tuin. s.l. n.d. [Batavia 1823].

Diospyros chinensis figure dans la liste des végétaux en page 110, avec pour nom vernaculaire Ki-kwee et un renvoi à la description 57, fournie en bas de page.

La description 57 est très courte : Foliis obovatis et elliptico-oblongis basis attenuatis supra ad costam ramulis petiolisque tomentosis subtus incano pubescentibus, pedunculis femineis unifloris.

En fait, c'est la feuille qui est considérée par Blume comme caractéristique de l'espèce qu'il vient de nommer ; il ajoute simplement une précision sur les fleurs femelles qui sont solitaires sur un pédoncule.

Mais, en 1825, Carl Ludwig von Blume publie l'ouvrage Bijdragen tot de flora van nederlandsch Indië, dans lequel, en page 670, il fait de Diospyros chinensis (qu'il a décrit en 1823) un synonyme de Diospyros kaki Linn. fil., dont il fournit une description en pages 669 et 670.

Il en profite pour étoffer légèrement la description de Linné fils (très sommaire) et rectifie même celle-ci. Il précise en effet que les fleurs mâles vont par trois sur un pédoncule alors que les fleurs femelles sont solitaires sur un pédoncule, Linné fils ayant indiqué pour sa part que les fleurs (sans précision de sexe) vont par deux sur un pédoncule... Voir le texte de Linné fils dans le paragraphe suivant, relatif à la deuxième référence citée par Louis Trabut.

Blume a donc neutralisé en 1825 l'appellation Diospyros chinensis qu'il avait lui-même créée en 1823...

Pour cette raison, je pense qu'à partir de 1825 il ne fallait plus utiliser Diospyros chinensis Blume comme appellation d'un plaqueminier et que, de nos jours, il ne faut pas remettre en question la synonymie de Diospyros chinensis Blume (1823) avec Diospyros kaki Linn. fil. (1781, publiée en 1782).

En tout état de cause, je trouve le texte de Blume relatif à Diospyros chinensis insuffisant pour caractériser une espèce, a fortiori pour identifier le Plaqueminier à fruits verts.

 

La deuxième référence citée par Louis Trabut est "Diospyros kaki L. f. pour partie et différents auteurs".

Il s'agit de la description de Diospyros kaki de Linné fils (abréviation d'auteur : L. f. ou Linn. fil.), pour partie (donc avec une description incomplète) et de différents auteurs que Louis Trabut ne cite pas. De ce fait, nous ne nous intéresserons qu'à Linné fils.

Carl von Linné (1707-1778), dans Species Plantarum, tome 2, 1753, p. 1057, décrit seulement deux espèces pour le genre Diospyros : Diospyros lotus et Diospyros virginiana.

Son fils, de même prénom, Carl von Linné fils (1741-1783), fournit une description de Diospyros kaki dans Supplementum plantarum, 1781, publié en 1782, page 439.

On note que la description est très brève et ne donne que quelques indications insuffisantes pour caractériser une espèce.

Pour ma part, je remarque que la feuille est dite en forme d'oeuf, ce qui n'est pas le cas pour le Plaqueminier à fruits verts décrit par Louis Trabut et Robert Pélissier. Je remarque aussi que le pédoncule est dit solitaire, à deux fleurs et courbé vers l'avant. Ce n'est pas le cas pour le Diospyros kaki que l'on connaît aujourd'hui : le pédoncule est bien solitaire et courbé vers l'avant mais il ne porte pas deux fleurs...

 

La troisième référence citée par Louis Trabut est Diospyros Roxburghii Carr.

Elie-Abel Carrière (1818-1896), chef des pépinières au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, décrit et figure un plaqueminier à fruits verts dans la Revue horticole, 1872, pp. 253-256, et lui attribue le nom de Diospyros Roxburghi.

Note : avec certaines versions d'Internet Explorer, le lien vers les pages 253-256 ne fonctionne pas et c'est la page de couverture du document qui s'affiche. Il faut se rendre aux pages concernées avec le curseur de recherche de pages (en bas d'écran) du logiciel de visualisation du document numérisé.

On remarque que l'auteur ne met pas deux 'i' à la fin du nom d'espèce, alors que tous les auteurs qui reprennent le nom écrivent Diospyros Roxburghii Carr., ce que je fais moi aussi.

On note que Elie-Abel Carrière mentionne lui aussi Diospyros chinensis  Blume comme un des synonymes qu'il retient pour Diospyros Roxburghii. Au sujet d'une éventuelle synonymie avec Diospyros kaki Linn. fil., Elie-Abel Carrière indique " Quant au D. Kaki dont a parlé Linné fils, le peu qu'il en a dit ne permet pas de le rapporter avec certitude soit au D. Roxburghi, soit au D. kaki des auteurs Thunberg et Kæmpfer...".

Il faut souligner que Elie-Abel Carrière distingue ici le Plaqueminier à fruits verts, auquel il attribue le nom de Diospyros Roxburghii, du Diospyros kaki Thunb., qui est le Plaqueminier du Japon ou Kaki que l'on connaît aujourd'hui.

Carl Peter Thunberg (1743-1828), qui fut l'élève de Linné, a décrit Diospyros kaki dans Flora japonica, 1784, pp. 157-159. Il en aurait fait une description antérieure dans Nova Acta Regiae Societatis Scientiarum Upsaliensis, série 2, vol. 3, p. 208, 1780. A la date de rédaction du présent article, il n'existe pas de version numérisée de ce document sur Internet. Je n'ai donc pas pu en prendre connaissance. Si cette description de 1780 est assez détaillée, elle devrait primer sur celle de Linné fils de 1781, publiée en 1782, selon la règle d'antériorité et l'appellation Diospyros kaki Thunberg serait celle à retenir.

La description du Diospyros Roxburghii par Elie-Abel Carrière fait apparaître un plaqueminier à fruits verts proche de celui de Louis Trabut et de Robert Pélissier. 

Ses feuilles ont la même forme et sont aussi grandes que celles du spécimen de Robert Pélissier. Elles semblent toutefois être nettement plus velues.

La floraison femelle, telle que décrite, est identique à celle observée par Robert Pélissier.

La prédominance de fleurs mâles est mentionnée par Elie-Abel Carrière, comme le fait Louis Trabut.

La faible rusticité de l'espèce est soulignée tout autant qu'elle l'est par Louis Trabut (il est précisé néanmoins que des sujets ont fructifié en décembre à Toulon et à Antibes). De même pour la faible productivité.

Je pense que nous sommes en présence d'une forme non sélectionnée du Diospyros sinensis décrit par Louis Trabut en 1925 et observé de nos jours par Robert Pélissier. Tout comme il existe quelques différences mineures entre le spécimen de Robert Pélissier et le Diospyros sinensis décrit par Louis Trabut, on note quelques différences mineures entre ceux-ci et le Diospyros Roxburghii décrit par Elie-Abel Carrière.

 

La quatrième et dernière référence citée par Louis Trabut est relative au Diospyros sinensis décrit par Charles Naudin en 1880, huit ans après la description du Diospyros Roxburghii  par Elie-Abel Carrière.

Charles Naudin (1815-1899), qui dirigeait le jardin botanique de la Villa Thuret à Antibes, présente Diospyros sinensis comme une espèce distincte dans son article "Quelques remarques au sujet des plaqueminiers (Diospyros) cultivés à l'air libre dans les jardins de l'Europe", publié dans les Nouvelles archives du Muséum d'histoire naturelle, Paris, G. Masson éditeur, deuxième série, tome troisième, 1880, p. 217.

Pour lui, il s'agit de Diospyros chinensis Blume, qu'il écrit Diospyros sinensis. On peut noter que Charles Naudin fait de Diospyros Roxburghii Carr. un synonyme de Diospyros chinensis Blume et qu'il en fait de même avec Diospyros kaki Linn. fil.

Ce n'est pas la position de Elie-Abel Carrière huit ans avant lui, en 1872, qui donne Diospyros chinensis Blume pour synonyme de Diospyros Roxburghii, mais qui dit ne pas pouvoir se prononcer sur l'éventuelle synonymie entre Diospyros kaki Linn. fil. et Diospyros Roxburghii.

La description de Charles Naudin révèle un plaqueminier à fruits verts très proche de celui cultivé par Robert Pélissier, notamment par ses feuilles : "Ses feuilles longuement lancéolées, un peu grandes (15 à 20 cm de longueur, quelquefois davantage), toujours plus ou moins velues et douces au toucher, généralement pendantes, le font aisément reconnaître à première vue".

Le fruit décrit par Charles Naudin, "quelquefois désigné sous le nom de figue-caque", est identique à celui du spécimen de Robert Pélissier, bien que jugé "au total, médiocre".

Comme Elie-Abel Carrière et Louis Trabut, Charles Naudin souligne le manque de rusticité de l'espèce : "manque de rusticité de l'arbre, qui souffre dans les hivers rigoureux, même en Provence, et qui, en dehors de cette région réclame l'abri d'une orangerie en hiver". Il faut noter que Charles Naudin précise "hivers rigoureux", ce qui signifie que lors d'un hiver doux il ne souffrirait pas du froid. De même, il indique que l'orangerie en hiver n'est requise qu'en dehors de la Provence.

De cette appréciation de la rusticité, je déduis que l'espèce n'est pas réservée à la zone de l'oranger, mais qu'elle ne prospère véritablement qu'en climat relativement doux (selon moi, zones climatiques USDA 9a à 8b, voire 8a si l'arbre est bien établi et planté en exposition favorable).

 

En sus des quatre références citées par Louis Trabut, il convient à mon sens de prendre connaissance d'un texte anglais datant de 1911, soit environ quarante ans après l'article de Elie-Abel Carrière (1872) et quatorze ans avant celui de Louis Trabut (1925).

William Botting Hemsley (1843-1924), botaniste anglais qui fut conservateur de l'herbier et de la bibliothèque des jardins botaniques royaux de Kew, a publié un article numéroté XXIX et intitulé "Persimmons (Diospyros kaki Linn. f. et Diospyros Roxburghii Carrière)", dans Bulletin of miscellaneous information, Royal Botanic Gardens, Kew, 1911, page 234.

Dans cet article, exceptionnellement documenté (bibliothèque de Kew...), William Botting Hemsley dévoile une erreur dans la nomenclature du genre Diospyros. Selon lui, Diospyros Roxburghii Carrière a été inclus à tort parmi les synonymes de Diospyros kaki Linn. fil. et constitue une espèce à part entière qui doit figurer dans la nomenclature du genre Diospyros.

Je vous laisse vérifier dans le texte le bien-fondé de son analyse, à laquelle j'adhère.

 

Conclusion sur les appellations

Appellation latine

Comme indiqué au début du chapitre précédent, l'appellation Diospyros chinensis Blume (1823) ne doit pas être retenue, Blume ayant fait lui-même de celle-ci, en 1825, un synonyme de Diospyros kaki Linn. fil.

Comme nous l'avons vu également, la description de Linné fils est insuffisante pour s'appliquer au Plaqueminier à fruits verts.

Il convient donc de retenir Diospyros Roxburghii Carrière (1872).

Dans la nomenclature actuelle du genre Diospyros, Diospyros Roxburghii Carrière est considéré comme un synonyme de Diospyros kaki Linn. fil.

Il existe, selon moi, deux erreurs :

- Diospyros kaki Linn. fil. (1781, publié en 1782) n'aurait pas dû être retenu pour une quelconque espèce de Diospyros, du fait de l'insuffisance de la description. J'ai en outre déjà souligné que l'indication de deux fleurs par pédoncule dans cette description ne correspond pas aux fleurs telles qu'on les observe sur le Diospyros kaki actuel.

- Diospyros Roxburghii Carr. doit être intégré dans la nomenclature du genre Diospyros comme une espèce différente de Diospyros kaki Thunb.

Il y a autant de différences (feuille, fleur, fruit, tronc), voire plus si l'on considère la rusticité, entre Diospyros Roxburghii Carr., tel que le cultive et le décrit Robert Pélissier, et Diospyros kaki Thunb., qu'entre Diospyros lotus L. ou Diospyros virginiana L., tels que les cultive Robert Pélissier, et Diospyros kaki Thunb.

Imaginez un fruit à l'aspect de pomme, qui soit duveteux, d'une couleur inconnue pour les pommes (bleuté, par exemple), qui n'ait pas le goût de pomme mais un goût tropical sui generis, porté par un arbre peu rustique aux feuilles sub-lancéolées de 15 à 25 cm de long, pubescentes et pendantes. L'appelleriez-vous "pomme" ? Seriez-vous choqués si un botaniste nommait l'espèce Malus Roxburghii et si le grand public appelait le fruit Pomme caque ?

Ma position étant confortée, comme nous l'avons vu, par celles de Charles Naudin (en 1880), William Botting Hasmley (en 1911) et Louis Trabut (en 1925).

 

Appellation française

En ce qui concerne l'appellation française de l'espèce, je propose Plaqueminier à fruits verts, terme utilisé tout au long du présent article. Bien sûr, il existe d'autres plaqueminiers à fruits verts mais ils ont déjà un nom (Sapotier noir, par exemple, pour Diospyros digyna Jacq.) et ne sont pas rustiques dans le Midi de la France.

Mais je ne me fais guère d’illusion sur l’appellation courante future de l’espèce : ce sera vraisemblablement le Kaki à fruits verts ou le Kaki vert, comme Diospyros virginiana L. est actuellement appelé à tort par beaucoup Kaki américain (et non Plaqueminier de Virginie ou Plaqueminier d’Amérique).

En ce qui concerne l'appellation française du fruit, je propose de conserver figue caque.

De nos jours, l'appellation figue caque est considérée comme un nom de fruit obsolète, synonyme de kaki. "On disait jadis figue caque pour désigner le kaki", lit-on partout. Pour moi, il s'agit d'une information sujette à caution et répétée sans vérification.

Aux 18e et 19e siècles, période où l'on découvrait le Plaqueminier du Japon ou Kaki en France, ainsi que dans la première partie du 20e siècle, période où on le connaissait assez bien, on ne désignait pas dans le Midi de la France, seule région où on plantait l'espèce, son fruit, le kaki, par le nom de figue caque.

L'appellation figue caque a été peu utilisée et figure surtout dans la littérature botanique des premiers observateurs français du Kaki. D'aucuns (se référer aux textes cités dans l'article) l'ont d'ailleurs employée uniquement pour différencier le fruit de Diospyros Roxburghii Carr. de celui de Diospyros kaki Thunb.

 

En conclusion, pour moi, le curieux Diospyros cultivé par Robert Pélissier est l'espèce Diospyros Roxburghii Carr., le Plaqueminier à fruits verts, qui produit les figues caques. Il a été décrit et figuré pour la première fois par Elie-Abel Carrière dans la Revue horticole en 1872. Louis Trabut, qui l'a pratiqué et observé en Algérie, l'a décrit en 1925 dans la Revue de botanique appliquée sous le nom de Diospyros sinensis, qui n'est pas à retenir.

Je serai bien sûr attentif à vos commentaires relatifs à ma conclusion sur les appellations latine et française.

Plus généralement, Robert Pélissier et moi recevrons volontiers vos témoignages de culture du Plaqueminier à fruits verts et toute information à son sujet (contact).

 

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