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Article publié en 2005
Auteur : François DROUET
Photographies : François DROUET
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Psidium cattleianum ou Psidium littorale ?

 

Historique des dénominations

 

 

 

Le goyavier subtropical Psidium cattleianum Sabine, à fruits rouges, et sa variété à fruits jaunes Psidium cattleianum var. lucidum Hort., appartiennent à la famille des Myrtaceae et sont originaires du Brésil.

On trouve actuellement le plus souvent l'orthographe cattleianum.

Mais l'écriture cattleyanum, qui rappelle mieux la référence à William Cattley (1788 - 1835), collectionneur de plantes anglais célèbre à son époque, a été très utilisée et est acceptée selon la norme ICN de Melbourne Art. 60.7 et Ex.17.

C'est celle que j'utilise lorsque je ne reprends pas des textes où la forme cattleianum lui est préférée.

En France, les rares personnes qui connaissent Psidium cattleyanum le désignent souvent par le nom de Goyavier de Cattley, mais on rencontre aussi les noms de Goyavier Fraise et Goyavier de Chine.

Psidium cattleyanum Sabine : fruits

Psidium cattleyanum Sabine : fruits

La variété à fruits jaunes n'a pas de nom français. Pour la désigner, on entend souvent : Goyavier de Cattley à fruits jaunes ou Goyavier Fraise à fruits jaunes.

Psidium cattleyanum var. lucidum Hort. : fruits

Psidium cattleyanum var. lucidum Hort. : fruits

L'espèce type est-elle bien celle à fruits rouges et la forme à fruits jaunes en est-elle la variété ? 

La réponse a longtemps varié selon les auteurs et les praticiens de terrain.

Il y a eu tout d'abord compétition entre deux noms pour désigner l'espèce : Psidium cattleianum Sabine et Psidium littorale Raddi.

Le premier des deux noms (Psidium cattleianum) a été attribué en 1821 à l'espèce par Joseph Sabine (1770 - 1837), alors secrétaire et trésorier de la Royal Horticultural Society, en hommage à William Cattley (1788 - 1835).

Ce dernier, homme d'affaires prospère, notamment par ses activités en Russie, était très connu pour ses collections de plantes.

C'est à lui que John Lindley (qui fut par ailleurs son salarié...) a dédié le genre Catlleya désignant les orchidées, après qu'on eut constaté pour la première fois en Angleterre la floraison de celles-ci dans sa serre de Barnet, au nord de Londres.

C'est également dans la serre de William Cattley, à Barnet, que fut constatée pour la première fois, en 1819, la fructification d'un Psidium inconnu en Angleterre. 

Le compte rendu fut publié en 1821, sous le titre Account of a new Psidium, In a letter to the secretary, dans Transactions of the Royal Horticultural Society, vol. 4, pp. 315-317, avec planche en couleur entre les pages 316 et 317.

Le récapitulatif de l'année 1821, auquel renvoie le lien, a été publié en 1822, mais le compte rendu est d'abord paru dans le troisième fascicule courant 1821.

Le compte rendu de William Cattley, qui était membre de la Royal Horticultural Society, est présenté sous la forme d'une lettre au secrétaire de l'institution.

Celui-ci, Joseph Sabine, a complété la description, a fait ajouter une planche en couleur de William Hooker et a nommé la plante, décrite pour la première fois selon lui.

Il a choisi pour nom Psidium cattleianum, afin de gratifier le membre contributeur.

La couleur du fruit est précisée dans la description et apparaît sur la planche : il s'agit de la forme à fruits rouges.

Le second des deux noms (Psidium littorale) a été attribué par Giuseppe Raddi (1770 - 1829), qui a publié une description de l'espèce, avec planche illustrative, dans Opuscoli scientifici di Bologna vol. 4, p. 254, Tab. VII, f. 2

La date de publication a fait débat : 1820 d'après certains, 1823 d'après d'autres, pour des raisons que l'on retrouvera dans les articles de F. R. Fosberg et C. A. Schroeber, cités infra.

La description de Psidium littorale figure dans un mémoire intitulé Di alcune specie di Pero indiano (Psidium Lin.), qui rapporte les observations de l'auteur sur trois espèces de Psidium lors de voyages au Brésil.

La couleur du fruit sur la planche illustrative n'est représentative ni de la forme à fruits rouges, ni de celle à fruits jaunes. Mais, dans la description de la plante, il est indiqué que les fruits sont à peau vert jaunâtre. Il s'agit donc de la forme à fruits jaunes.

La confusion entre Psidium littorale Raddi et Psidium cattleyanum Sabine pour nommer l'espèce a duré jusqu'à la moitié du 20e siècle.

En 1941, F. R. Fosberg concluait dans son article Varieties of the strawberry guava, publié dans Proceedings of the Biologocal Society of Washington, vol. 54, pp. 179-180, que l'antériorité de la publication revenait sans conteste à Psidium littorale Raddi par rapport à Psidium cattleyanum Sabine.

A cette occasion, F. R. Fosberg a créé deux nouvelles combinaisons taxonomiques, dont une à retenir car elle a été reprise dans la littérature : Psidium littorale var. longipes (O. Berg) Fosb., pour désigner Psidium cattleianum Sabine à fruits rouges.

En 1946, cinq ans plus tard, C. A. Schroeder développait une argumentation contraire dans l'article Priority of the species Psidium cattleianum Sabine, publié dans Journal of the Arnold Arboretum vol. 27, n° 3, pp. 314-315.

De nos jours, il est admis que l'antériorité de publication doit être attribuée à Psidium cattleianum Sabine. Cette position s'appuyant sur l'argumentation précitée de C. A. Schroeder.

Dans les bases de données taxonomiques mondiales, Psidium littorale Raddi est cité comme un simple synonyme de Psidium cattleianum Sabine.

L'antériorité de publication ayant été reconnue à Psidium cattleianum Sab. à fruits rouges, il s'est naturellement établi un consensus dans la communauté scientifique pour considérer que celle-ci constitue l'espèce type (ou la variété typique de l'espèce) et qu'il en existe une variété à fruits jaunes.

Le nom le plus souvent utilisé pour cette dernière étant : Psidium cattleianum var. lucidum Hort., plus rarement (Degener) Fosb.

Il existe d'autres appellations latines pour l'une et l'autre de ces deux variétés, portant à une trentaine le nombre de celles-ci...

Les deux variétés ont d'ailleurs été longtemps considérées comme des espèces distinctes.

Ceci explique que dans les catalogues de certaines pépinières françaises et étrangères, la forme à fruits jaunes soit présentée avec l'appellation Psidium littorale, l'appellation Psidium cattleyanum étant alors réservée à la forme à fruits rouges.

Il ne faut pas confondre le Goyavier de Cattley (et surtout sa variété à fruits jaunes) avec le Goyavier vrai (Psidium gujava L.), espèce tropicale beaucoup moins rustique qui produit de gros fruits jaunes. Ce sont les fruits de Psidium gujava L. que l'on trouve sur les étals sous le nom de goyave.

 

Je renvoie les lecteurs qui souhaitent en savoir plus sur Psidium cattleianum Sab. et Psidium cattleianum var. lucidum Hort. à un autre article, dans lequel je rends compte de mon essai culture de plusieurs plants de chacun d'entre eux dans mon jardin botanique de la région de Toulon.

 

 

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