Les fruitiers rares
 
Articles généraux      Espèces      Groupes      Pépinières      Non-French items

 


Accueil > Espèces > Feijoa > Problématique de pollinisation chez le Feijoa

 

Article publié en 2007
Enrichi en 2013 et 2017
Auteur : François DROUET
Photographies : François DROUET
Tous droits réservés

 

 

Problématique de pollinisation
chez le Feijoa

 

 

 

Je cultive sur le littoral méditerranéen (région de Toulon) une collection de 13 sujets de Feijoa, Acca sellowiana (O. Berg) Burret, appartenant à six variétés.

Au fil des années, j'ai réfléchi à la problématique de pollinisation de l'espèce et je livre ci-après quelques principes à connaître et quelques mesures à mettre en oeuvre pour obtenir une bonne fructification.

Selon le plan : biologie florale, pollinisation entomophile, interpollinisation, association des variétés.

 

BIOLOGIE FLORALE

 

La fleur du Feijoa, Acca sellowiana (O. Berg) Burret, est hermaphrodite et parfaitement constituée.

Mais, elle a une tendance à la prototogynie (les stigmates sont réceptifs avant que les étamines ne libèrent le pollen) et son pollen est auto-incompatible.

Cela entraîne une autostérilité pour la quasi-totalité des plants de Feijoa. Il existe toutefois quelques variétés plus ou moins autofertiles (voir suite de l'article).

J'ai trouvé d'intéressantes précisions en pages 12 et 13 de la thèse d'ingénieur agronome de Juan Nicolás CUNDA SISTO, intitulée "Caracterización de plantas de Guyabo del país (Acca sellowiana (Berg) Burret) desde un enfoque frutícola" et soutenue à la faculté d'agronomie de Montevideo, Uruguay, en 2006.

Concernant la tendance à la protogynie : le stigmate est réceptif 24 heures avant la déhiscence des anthères et le reste pendant 10 heures après.

Concernant l'auto-incompatibilité : sur la même fleur, la germination du pollen dans le stigmate se produit, avec développement du tube pollinique jusqu'à la base du style, mais un phénomène d'auto-incompatibilité existe au niveau de l'ovaire.

 

POLLINISATION ENTOMOPHILE

 

La fleur du Feijoa attire les insectes car elle est parfumée et ses pétales sont sucrés.

Le parfum de la fleur est marqué, je le sens nettement, mais pour le sentir il faut que je mette le nez sur la fleur. Le parfum des fleurs de Feijoa n'embaume pas les alentours de l'arbre.

La fleur n'a pas le même parfum que le fruit. De façon surprenante, je trouve son parfum identique à celui de la fleur de Passiflora caerulea L.

On peut se rendre compte que les pétales sont sucrés en les goûtant car ils sont comestibles. Toutefois, selon les plants, j'ai trouvé que les pétales peuvent être assez amers...

J'ai observé que la pollinisation est réalisée par les abeilles et les bourdons. Il se peut que d'autres insectes y participent, mais je n'ai pas relevé d'activités particulières.

Acca sellowiana (O. Berg) Burret : la pollinisation est entomophile

Acca sellowiana (O. Berg) Burret : la pollinisation est entomophile

Selon V. A. EVREINOFF, la fleur parfumée du Feijoa est considérée comme très mellifère (Etude pomologique sur le Feijoa, Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, 1955, vol. 2, n° 5,  pp. 323-329).

Je puis le confirmer car j'ai observé qu'elle attire les abeilles. Toutefois, la fréquentation par les abeilles est nettement moins importante que chez les plantes très nectarifères, telles différentes espèces de Grevillea ou de chèvrefeuilles qui fleurissent dans mon jardin en même temps que les feijoas.

Feijoa : abeille butinant une fleur

Feijoa : abeille butinant une fleur

Les abeilles assurent la pollinisation en transportant d'une fleur à l'autre le pollen dont elles se chargent lors des frottements avec les anthères pendant leur activité de butinage.

Feijoa : pollen sur abeille butinant une fleur

Feijoa : pollen sur abeille butinant une fleur
(noter le pollen sur l'aile, l'extrémité de l'abdomen et la patte arrière)

Concernant l'activité des abeilles sur les fleurs de Feijoa, j'ai remarqué que, bien qu'elles butinent aussi les étamines, c'est souvent un pétale qui est l'objet du butinage, plus précisément la face interne de celui-ci.

Et j'ai observé de nombreuses fois que la face interne des pétales paraît humide.

J'ai noté que selon V. A. EVEINOFF (article précité), la fleur de Feijoa ne produit pas de nectar. J'ai pensé à l'éventualité de la rétention de la rosée matinale, mais mes observations avaient lieu à des heures avancées de la journée, alors que le soleil dardait depuis plusieurs heures...

Il convient que j'étudie de façon plus approfondie ce phénomène.

La pollinisation entomophile ne présente pas de problèmes entre plants de variétés différentes. J'ai pu constaté que le taux de nouaison est important lorsque les arbres sont dans des conditions de pollinisation intervariétale.

Ainsi, la pollinisation manuelle (sur la même plante ou croisée) est inutile. Sur le même pied, la pollinisation manuelle serait d'ailleurs généralement inefficiente, tout ou partie, en raison de l'autostérilité totale ou relative de la quasi-totalité des plants.

Dans l'hémisphère austral certains oiseaux sont attirés par les pétales sucrés. Pendant qu'ils consomment les pétales, leur plumage entre en contact avec les étamines et ils favorisent ainsi la pollinisation en transportant le pollen d'une fleur à l'autre. Ce sont d'ailleurs les gros oiseaux qui sont les plus efficients.

Le rôle des oiseaux dans la pollinination, important dans l'hémisphère austral, est inexistant sous nos latitudes, où il est rare de voir un oiseau posé sur un feijoa.

J'ai toutefois repéré plusieurs fois des mésanges à l'intérieur de touffes de Feijoa, mais sans pouvoir m'approcher suffisamment pour observer de façon détaillée ce qu'elles faisaient.

 

INTERPOLLINISATION

 

Une variété autostérile de Feijoa ne fructifie pas (ou fructifie très faiblement) si elle est plantée seule.

Pour la faire fructifier, il faut lui associer en culture une autre variété, ou un individu issu de semis, qui va la polliniser. Inversement, la variété autostérile va polliniser la variété qui l'accompagne (interpollinisation entre les deux variétés). 

Une variété autofertile de Feijoa fructifie si elle est plantée seule.

Toutefois, un plant d'une variété autofertile ne produit pas autant s'il est seul en culture que s'il est cultivé en association avec un plant d'un autre cultivar ou un individu issu de semis, avec lequel il s'interpollinise. L'interpollinisation augmente également la taille des fruits.

Ces principes étant posés, la pratique devrait être simple.

Elle l'est moins quand on sait que certaines variétés sont partiellement autofertiles et quand on constate que les informations concernant la fertilité des variétés sont approximatives dans nombre d'ouvrages et d'articles, et parfois contradictoires d'un ouvrage à l'autre ou d'un article à l'autre.

Pour ma part, mon expérience de 17 ans de culture des 6 variétés disponibles en France ne m'a pas permis d'établir quelles variétés sont autostériles et lesquelles sont autofertiles, à l'exception de la variété 'Unique' (autofertile).

En effet, je cultive 12 de mes 13 plants dans la même parcelle, à 5 m les uns des autres, et ils s'interpollinisent globalement.

J'ai pu toutefois observer en culture isolée mon treizième plant, qui est de la variété 'Unique'. Celui-ci étant planté dans une parcelle distante de celle où se trouvent groupés les douze autres plants.

J'ai pu vérifier en culture que la variété 'Unique' est autofertile. J'ai pu également constater qu'elle produit des fruits plus gros et plus nombreux si elle est pollinisée par une autre variété.

J'avais planté un sujet de la variété 'Unique' dans une parcelle éloignée de celle où se trouvaient mes 12 autres pieds de Feijoa. Sa fructification était non satisfaisante en nombre et en taille par rapport aux autres plants de Feijoa, dont deux plants de la variété 'Unique'.

Par la suite, j'ai été amené à déplacer une partie de mes plants de Feijoa. Je les ai transplantés près du sujet de la variété 'Unique' initialement isolé.

La saison suivante, ce dernier a produit de façon satisfaisante (abondance de la récolte, fruits plus gros) bénéficiant de l'interpollinisation des autres plants qui avaient fleuri abondamment malgré leur transplantation.

Que dit la littérature (mondiale) pour les 5 autres variétés disponibles en France ? 

La variété 'Coolidge' est totalement autofertile. Quelle que soit la source consultée, l'information est la même.

Concernant les quatre autres variétés, j'ai trouvé dans les ouvrages et les articles des approximations ou des contradictions, y compris dans l'information fournie par les pépinières néo-zélandaises, pourtant en pointe en matière de Feijoa.

J'en retire malgré tout les conclusions suivantes : 

Les variétés 'Mammouth', 'Apollo' et  'Gemini' seraient partiellement autofertiles. Apollo peut-être plus que les deux autres.

La variété 'Triumph' est autostérile. Une étude menée en Italie en 1988 et 1989 à l'Institut expérimental de fruticulture de Rome l'a montré clairement (Feijoa sellowiana : floral biology, M. T. DETTORI et R. DI GAETANO, Advances in Horticultural Science, vol. 5, n° 1, 1991, pp. 11-14, accès).

 

ASSOCIATION DES VARIETES

 

J'ai consacré un article spécifique au choix des variétés de Feijoa. Il convient de s'y reporter pour un exposé détaillé, mais voici la synthèse des choix que je préconise pour les 6 variétés que je cultive.

Régions septentrionales : 'Unique' si une seule variété plantée ; 'Apollo' / 'Gemini' si deux variétés plantées simultanément ; 'Unique' puis 'Gemini' si deux variétés plantées en deux fois.

Régions méridionales : 'Coolidge' si une seule variété plantée ; 'Mammouth' / 'Triumph', si deux variétés plantées simultanément ; 'Coolidge' puis 'Triumph' si deux variétés plantées en deux fois.

Indépendamment des choix indiqués, il faut souligner que l'offre variétale actuellement disponible en France pèche par la tardiveté de la fructification (début de récolte de mi-octobre à mi-novembre, selon les variétés, dans ma région du littoral méditerranéen du sud-est).

Plusieurs correspondants de régions septentrionales, ou de l'arrière-pays de certains départements côtiers, m'ont fait part de la difficulté de mûrissement des feijoas par manque de chaleur et/ou d'ensoleillement.

Je pense qu'il convient d'élargir la gamme des variétés proposées en France par les cultivars néo-zélandais précoces d'obtention récente : 'Kakariki' (maturité 4 semaines avant 'Unique', le plus précoce des cultivars disponibles en France), 'Anatoki' et 'Kaiteri' (tous deux plus précoces que 'Unique' de 2 à 3 semaines).

Avec ces cultivars néo-zélandais, on pourrait commencer la récolte des feijoas en France dès le début du mois de septembre.

 

 

Retour débur article Début d'article   Retour débur article Articles Feijoa