Le semis des fruitiers rares
non sauf... oui mais...

Auteur : Francois Drouet
 

 

Article publié en 2011
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REFLEXION GENERALE

 

L'attrait des fruitiers rares est tel que le passionné néophyte peut être tenté de multiplier ceux-ci par le semis, méthode qui paraît la plus simple à beaucoup.

Mais le semis est-il vraiment adapté aux fruitiers rares ?

Selon mon expérience, la multiplication par semis n'est pas appropriée aux fruitiers rares dans la plupart des cas.

En effet, ce mode de multiplication entraîne, sauf exceptions, la perte des caractéristiques de la plante mère (le génotype contenu dans la graine n'étant pas identique à celui de la plante mère). Il y a donc perte de la variété ou de la forme sauvage sélectionnée.

En particulier, ceci implique que les attributs qui font de la plante mère un fruitier rare ne se retrouvent pas, ou se retrouvent en partie seulement, dans le sujet obtenu de semis. Le fruitier rare est donc perdu...

Le semis peut cependant être utilisé avec profit dans certains cas : obtention de porte-greffes francs, fruitiers sauvages ou ornementales à fruits comestibles n'ayant pas donné lieu à sélection variétale, agrumes polyembryoniques.

Mais, dans tous les cas de semis, il faut garder en tête le risque d'hybridation.

De plus, il convient de connaître les inconvénients éventuels associés à l'utilisation de la polyembryonie des agrumes.

Nous développons ces deux réserves dans les paragraphes suivants.

 

ATTENTION AUX RISQUES D'HYBRIDATION

 

Un des rares cas où le semis peut s'utiliser pour reproduire un fruitier rare est celui d'une espèce qui n'a pas donné lieu à sélection variétale et qui nous intéresse donc en espèce type (et non en cultivar, variété ou forme) en tant que fruitier rare.

En général, il s'agit d'un fruitier sauvage ou d'une ornementale à fruits comestibles. Dans certains cas, il peut s'agir d'un légume-fruit conduit en plante annuelle.

Lors de la collecte de graines pour reproduire l'espèce type rare, il convient de s'assurer qu'il n'existe pas de risque d'hybridation avec des espèces pouvant polliniser la plante mère.

Ceci est vrai pour les plantes in situ, mais plus particulièrement pour les plantes ex situ, telles celles présentes dans un jardin botanique.

Je vais donner un seul exemple, qui se produit lors des visites de mon jardin botanique privé : dans une parcelle de ce dernier sont regroupées plusieurs grimpantes ornementales à fruits comestibles de la famille des Lardizabalaceae, soigneusement palissées côte à côte pour permettre leur différenciation pédagogique par le feuillage ou la floraison. Un certain nombre d'entre elles fructifient abondamment de façon simultanée.

Pratiquement tous les visiteurs intéressés par cette famille se précipitent sans réfléchir sur les fruits d'une Akebia quinata jouxtant une Akebia lobata et une Akebia x pentaphylla (qui est l'hybride entre les deux premières), fascinés par les milliers de graines disponibles. Puis ils ramassent des fruits de l'Akebia lobata pour en extraire également de "précieuses" graines.

J'ai juste le temps de tempérer leur ardeur en leur rappelant un principe simple : compte tenu de la contiguïté des plants des différentes espèces, il existe peu de chances qu'ils enrichissent leur collection d'un plant d'Akebia quinata ou d'Akebia lobata. Dans la quasi-totalité des cas, ils obtiendront, pour chacune des graines ramassées sur l'Akebia quinata ou sur l'Akebia lobata, non pas un pied de l'espèce type pure sur laquelle ils prélèvent, mais un plant d'hybride Akebia x pentaphylla. Ceci car l'interpollinisation entre espèces quinata, lobata et x pentaphylla (gage pourtant de la fructification abondante de chacune d'entre elles) a hybridé les graines...

Alors, autant s'en tenir à des graines des seuls fruits du pied de l'hybride Akebia x pentaphylla, et, pour les autres espèces, collecter des boutures (qui reproduiront strictement l'espèce type pure sur laquelle elles ont été prélevées...).  

 

ATTENTION A L'UTILISATION DE LA POLYEMBRYONIE

 

Chez les agrumes, le phénomène de polyembryonie (voir article de synthèse remarquable sur le site Pomum.fr), que l'on observe chez certaines espèces ou variétés, peut inciter des personnes à vouloir reproduire par semis des individus en obtenant des sujets strictement identiques au pied-mère.

Cela est tout à fait possible. Il faut tout d'abord connaître les taxons qui ne sont pas monoembryoniques. Il faut aussi savoir identifier et supprimer l'unique embryon fécondé (donc ne reproduisant pas les caractéristiques du pied-mère) par rapport  aux embryons nucellaires, porteurs du seul capital génétique du pied-mère et qui en sont donc des clones parfaits (les embryons nucellaires sont généralement dominants).

Toutefois, il faut avoir en tête les inconvénients d'une telle pratique par rapport au greffage : mise à fruit plus longue de plusieurs années (sauf exceptions tel l'hybride entre le limequat 'Eustis' et le kumquat de Hong Kong), perte des qualités conférées au plant par le porte-greffe, par exemple adaptation au taux de calcaire actif du sol (pour éviter la chlorose ferrique) et surtout résistance au froid.

En ce qui concerne ce dernier critère, l'exemple du mandarinier Satsuma (Citrus unshiu) est le plus significatif. En effet, s'il n'est pas greffé sur Poncirus trifoliata il s'avère beaucoup moins rustique que présenté dans la bibliographie et rapporté dans certaines observations de culture (effectuées, sans que cela ne soit explicitement indiqué, sur des individus greffés sur Poncirus trifoliata).

Dans le cas d'agrumes polyembryoniques très rustiques, cet inconvénient majeur n'existe pas et on peut recommander le semis si la nature du sol de plantation convient aux exigences de l'agrume considéré, ou s'il est fortement amendé en conséquence.

 

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