Les variétés ornementales
du Mûrier blanc (Morus alba L.)

Auteur : François Drouet

 

 

Article publié en 2014
Crédit photographies :  François Drouet, sauf autres indications
Tous droits réservés
 

Je cultive une collection d'espèces et de variétés de Mûrier au sein de laquelle le Mûrier blanc (Morus alba L.) tient une place importante en raison de la diversité de ses cultivars fruitiers. Au-delà de ces derniers, le nombre de spécimens de Mûrier blanc est augmenté par ses variétés ornementales (la plupart également fruitières) qui sont assez nombreuses, contrairement au Mûrier noir pour lequel il n'en existe pas.

Je possède plusieurs variétés ornementales de Mûrier blanc et j'en connais un certain nombre d'autres. Je vous livre à leur sujet quelques notes et photographies pensant qu'elles seront utiles aux personnes souhaitant introduire des formes ornementales de Mûrier dans leur parc ou jardin, ou les utiliser selon les concepts d' Edible Landscaping ou de Forest Garden. 

J'ai classé les variétés ornementales du Mûrier blanc en trois groupes : variétés naines, variétés remarquables par le port et variétés remarquables par le feuillage.

 

VARIETES DE MORUS ALBA NAINES

 

Je connais deux cultivars nains, adaptés aux  petits espaces. Je compte les introduire en collection prochainement. 

Nana Issai : extrêmement prolifique. Petits fruits noirs agréables. Un correspondant anglais, qui le cultive, a été très élogieux à son sujet.

Gerardi's Dwarf : on trouve souvent son nom orthographié différemment (Girardi, Geraldi...). En fait, il s'agit d'une obtention assez ancienne (antérieure à 1980) de la pépinière Louis Gerardi (située à O' Fallon, dans l'Illinois). Cette pépinière, qui fut très active dans les années 50-60, existe toujours, désormais groupée avec une jardinerie et un bureau d'études de paysagisme.

Le cultivar 'Gerardi's Dwarf', présenté souvent de nos jours comme une variété de Morus alba, pourrait être un individu issu d'un semis du fameux hybride Morus alba x Morus rubra 'Illinois Everbearing'. Il atteint 1,80 à 3,50 m selon les conditions de culture. On peut le contenir facilement par la taille. Il produit des gros fruits noirs et la période de récolte varie entre quatre et six semaines. Ses entre-nœuds sont très courts et sa fructification est très abondante. Les rares pépinières américaines qui le commercialisent insistent sur le caractère savoureux de son fruit.

Il est extrêmement rare en Europe, où je ne connais qu'une pépinière qui le propose (De morbeiboom, en Belgique, qui expédie dans toute l'Europe). Dithmar Guillaume, le propriétaire de cette pépinière, qui est très sérieux et qui parle de ce qu'il cultive et multiplie lui-même, indique sur son catalogue que 'Gerardi's Dwarf' est identique à 'Illinois Everbearing', mais atteint seulement 3 m de haut (voir en page Morus rubra du catalogue).

Il fournit une photographie qui, pour moi, confirme que la fructification est identique à celle de 'Illinois Everbearing', ce que j'avais déjà remarqué sur les photographies des pépinières américaines. Le fruit du cultivar hybride 'Illinois Everbearing' figure parmi les trois meilleurs fruits produits par ma collection de mûriers, avec celui de Morus nigra et celui de Morus macroura 'Pakistan Red'.

 

VARIETES DE MORUS ALBA REMARQUABLES PAR LE PORT

 

J'ai introduit dans ma collection trois variétés qui présentent un port atypique mais ornemental (pyramidal, pleureur, tortueux).

Morus alba var. pyramidalis

Son  port est nettement pyramidal. Il convient selon moi pour une haie fruitière assez haute (5/6 m). Il produit des petits fruits blancs de saveur moyenne et la récolte est peu abondante.

Morus alba var. pyramidalis en fin d'hiver

Morus alba var. pyramidalis en fin d'hiver
Crédit: François Drouet

Morus alba var. pendula

Son port est nettement pleureur. Mon spécimen produit abondamment et sans alternance d'une année sur l'autre des petits fruits noirs qui sont très sucrés.

Il faut noter que certaines pépinières proposent le cultivar pleureur 'Chaparral', qui est stérile car il s'agit d'une sélection mâle (vocation uniquement ornementale, pas de fruits).

Le mûrier blanc pleureur se greffe en tête. La demi-tige convient pour les petits espaces, mais s'intègre dans toutes les configurations du fait du port inhabituel de la variété.

C'est cette forme que j'ai choisie pour mon sujet en collection.

Morus alba var. pendula en demi-tige (période de débourrement)

Morus alba var. pendula en demi-tige (période de débourrement)
Crédit : François Drouet

 

Morus alba var. pendula en demi-tige (période de débourrement)

Morus alba var. pendula en demi-tige (période de débourrement)
Crédit : François Drouet

La haute-tige est très spectaculaire, isolée ou en groupe.

Morus alba var. pendula en haute-tige (groupe de sujets, Londres)

Morus alba var. pendula en haute-tige (groupe de sujets, Londres)
Crédit : Bo Blomqvist

Morus alba var. contorta

Cette variété présente des rameaux tortueux. 

Les deux sujets d'origine différente de cette variété que j'ai pu observer en France sont stériles. Il s'agit du mien, importé des USA, et de celui d'un amateur de fruitiers du Vaucluse dont j'ai visité les plantations.

Certaines pépinières américaines présentent ce cultivar comme stériles, d'autres le présentent comme produisant des petits fruits noirs savoureux. D'autres encore précisent qu'il fructifie mais que la fructification est rare.

Sachant que je connais certaines des  pépinières qui donnent des informations contraires sur la fructification et que je sais qu'elles ne parlent que de ce qu'elles cultivent effectivement, mon opinion est qu'il existe des individus de sexe différent dans la forme tortueuse du Morus alba.

Chez Morus alba, les fleurs sont soit mâles soit femelles et, selon les individus, les fleurs de sexe différent cohabitent sur le même arbre (monoécie) ou se situent sur des arbres différents (dioécie). Pour moi, les individus stériles de Morus alba var. contorta sont des sujets mâles et les individus qui fructifient sont des sujets femelles (d'ailleurs parthénocarpiques) ou monoïques.

Je n'ai pas encore dégagé le temps nécessaire en période de floraison pour vérifier le sexe de mon spécimen, qui, selon mon hypothèse, devrait être un sujet mâle...

Morus alba var. contorta

Morus alba var. contorta
Crédit : François Drouet

 

VARIETES DE MORUS ALBA REMARQUABLES PAR LE FEUILLAGE

 

Plusieurs variétés se distinguent par leur feuillage ornemental :

Morus alba var. nervosa Delile : mûrier fibreux ou mûrier à feuilles d'ortie. De vigueur modérée, il présente des feuilles très particulières, qui semblent comme tuyautées sur leur bord et qui sont pourvues de nervures serrées et saillantes. L'exemplaire que j'ai en collection est encore jeune, mais ces caractéristiques sont visibles.

Morus alba var. constantinopolitana Seringe : mûrier de Constantinople ou mûrier boule. De port compact, à entre-noeuds réduits, il est facile à reconnaître par le rapprochement surprenant des feuilles entre elles. Cette variété semble extrêmement difficile à trouver. Je ne pense pas qu'elle ait disparu, mais je n'ai pas encore pu identifier une source d'approvisionnement en France ou à l'Etranger. Elle est absente des collections de l'INRA de Saint-Christophe-les-Alès et de La Mulatière, ainsi que de celle du Conservatoire Botanique National de Porquerolles.

Morus alba var. aureifolia Tsen : mûrier à feuilles d'or. Il existe deux versions pour expliquer le nom de cette variété. Pour certains, ses feuilles sont vertes avec un bord jaune. Pour d'autres, ses feuilles sont totalement vertes, mais jaunissent prématurément à l'automne et prennent alors une belle couleur jaunâtre décorative. Je ne l'ai jamais observée lors de mes visites botaniques, je n'ai trouvé qu'une seule photographie (partielle) de la feuille (émanant d'un pépiniériste et qui étaye la seconde hypothèse) et je ne peux donc pas formuler une opinion. Variété très vigoureuse, qui produit des fruits blancs. Elle est présente dans les collections de l'INRA de Saint-Christophe-les-Alès et de La Mulatière, ainsi que dans celle du Conservatoire Botanique National de Porquerolles.

Morus alba var. laciniata : mûrier à feuilles laciniées. Ses feuilles sont profondément découpées. Je ne l'ai pas encore introduit en collection.

Morus alba 'Paper Dolls' : variété à feuilles laciniées et panachées de jaune. Je ne l'ai pas encore introduite en collection.

Morus alba 'Paper Dolls' (feuille laciniées)

Morus alba 'Paper Dolls' (feuilles laciniées et panachées)
Crédit : HGTV Gardens

J'ai trouvé un autre cultivar panaché, mais à feuilles entières, vendu sous le même nom de 'Paper Dolls'.

Morus alba 'Paper Dolls' (forme 2 : feuilles panachées entières)

Morus alba 'Paper Dolls' (forme 2 : feuilles panachées entières)
Crédit : pépinière Arrowhead Alpines

Morus alba 'Ho'o' : cultivar japonais au feuillage étrange. Les feuilles ont une forme atypique et le limbe est profondément boursouflé entre les nervures. Il produit des fruits pourpre noir.

Morus alba 'Ho'o' (rameau feuillé)

Morus alba 'Ho'o' (rameau feuillé)
Crédit : pépinière Buchholz & Buchholz

 

Morus alba 'Ho'o' (feuilles)

Morus alba 'Ho'o' (feuilles)
Crédit : pépinière Buchholz & Buchholz

Morus alba 'Itoguwa' (synonyme américain 'Nuclear Blast') : cultivar japonais au feuillage encore plus étrange. Les feuilles sont, complètement ou incomplètement, des sortes de longs filaments qui se recourbent et s'entremêlent. C'est un cultivar buissonnant tout à fait nain (1,20 m au maximum). Le nom américain signifie "explosion nucléaire", l'aspect de l'arbre étant prétendu celui d'un arbre rescapé d'une telle explosion. On laissera à l'appréciation de chacun le choix d'un tel nom américain pour un cultivar japonais, alors que 'Itoguwa' désigne en japonais un instrument agraire...

Morus alba 'Itoguwa'

Morus alba 'Itoguwa'
Crédit : pépinière Forest Farm

 

Morus alba 'Itoguwa'

Morus alba 'Itoguwa'
Crédit : JC Raulston Arboretum

Morus alba 'Itsoguma' : il ne semble pas y avoir de différence entre ce cultivar et le cultivar 'Itoguwa', de l'aveu même d'une pépinière américaine qui proposent les deux. 'Itsoguma' semble donc être un synonyme de 'Itoguwa', sans que cela ne soit explicitement indiqué nulle part. Mais on ne peut pas écarter l'hypothèse qu'il s'agisse d'une souche différente ayant subi le même type de mutation.

Morus alba 'Itsoguma'

Morus alba 'Itsoguma'
Crédit : pépinière Klehm's Song Sparrow

Remarque : les rares pépinières américaines (ainsi que russes, tchèques...) qui proposent les deux cultivars japonais 'Ho'o' et 'Itoguwa' les présentent comme de l'espèce Morus alba. Je ne sais pas sur quels critères elles se fondent pour l'affirmer... Peut-être la fleur ? Plus vraisemblablement, il doit s'agir d'une simple retranscription de ce qu'on leur a dit. Je pense qu'il convient d'approfondir le sujet avant de considérer comme acquis le fait qu'il s'agisse de cultivars de Morus alba. En tout état de cause, compte tenu du caractère insolite du feuillage de ces mûriers japonais, je compte les importer afin de les observer et de les faire connaître.

Pour mémoire : Morus alba 'Macrophylla' (ou Morus alba var. macrophylla), le Mûrier blanc à grandes feuilles, est une des appellations du Morus kagayamae Koidzumi (synonyme Morus bombycis Koidzumi). Il est  appelé aussi par les horticulteurs Morus platanifolia (Mûrier à feuilles de platane, Mûrier platane). Cette espèce est généralement considérée dans les différentes taxonomies comme différente de Morus alba.

 

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